Explications au sommet

Le Prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdelaziz et le président américain George W. Bush vont devoir mettre sur la table leurs divergences sur le Proche-Orient, l’Irak et la lutte contre le terrorisme, à l’occasion de leur sommet le 25 avril au Texas. Pour sa première rencontre au sommet avec M. Bush, dans son ranch du Texas, le Prince Abdallah « va être franc et exiger de Washington une position ferme à l’égard d’Israël pour recouvrer sa crédibilité dans le monde arabe », a déclaré à l’AFP un responsable saoudien sous le couvert de l’anonymat.
En l’absence de « fermeté » face à l’offensive militaire israélienne en Cisjordanie, vivement dénoncée dans le monde arabe, les Etats-Unis risquent de mettre en danger leurs intérêts dans le monde arabe, a-t-il ajouté. « La poursuite par les Etats-Unis de leur politique actuelle menacerait leurs intérêts dans la région », a dit ce responsable. Le conflit israélo-palestinien, l’un des dossiers les plus épineux, a déjà troublé les rapports entre Ryad et Washington, deux alliés de longue date, le Prince Abdallah ayant annulé en juin une visite aux Etats-Unis lors d’une tournée, pour protester contre « l’alignement » de Washington sur l’Etat hébreu. La frustration des responsables saoudiens s’est amplifiée avec le lancement de la campagne militaire en Cisjordanie, justifiée par des attentats anti-israéliens, au lendemain de l’adoption d’un plan arabe de paix.
Ce plan, initié par le prince Abdallah, propose à Israël des relations normales en contrepartie de son retrait de tous les territoires arabes occupés en 1967. Il a été bien accueilli par Washington et rejeté par le premier ministre israélien Ariel Sharon.
« L’initiative de paix a besoin d’être matérialisée et non de simples déclarations de soutien », a déclaré à l’AFP un autre responsable saoudien. « Le Prince Abdallah va exposer directement à M. Bush la grave situation prévalant dans la région et ses retombées » sur les régimes arabes, a ajouté ce responsable. « Cette situation pourrait conduire à une reconsidération par les pays de la région de leurs relations d’alliance avec les Etats-Unis », a-t-il averti, sans donner plus de précision. « Nos relations avec les saoudiens sont solides. Mais naturellement les événements au Proche-Orient ont conduit à des complications, et ces complications seront discutées », a admis mardi le porte-parole de la Maison-Blanche Ari Fleischer.
« Les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont des vues divergentes, comme alliés et amis », a-t-il ajouté.
Outre le Proche-Orient, les divergences entre Ryad et Washington sont larges sur le dossier de l’Irak que les Etats-Unis menacent d’attaquer pour renverser le régime du président Saddam Hussein.
« L’opposition de l’Arabie à une attaque contre l’Irak est claire, et les américains le savent bien », a affirmé à un des responsables saoudiens ayant parlé à l’AFP.
« L’important n’est pas le dossier irakien. Pour l’Arabie Saoudite, la priorité passe par un règlement au Proche-Orient et par le recouvrement par les Etats-Unis de leur crédibilité », a-t-il ajouté.
Sur le front de la lutte antiterroriste lancée par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre, « l’Arabie Saoudite a coopéré avec la communauté internationale contre ce phénomène dont elle a souffert », a indiqué le responsable.
« Mais pour éradiquer le terrorisme, il faut s’attaquer à ses origines, parmi lesquelles figure la politique israélienne au Proche-Orient », a-t-il ajouté, témoignant des divergences d’approche entre Ryad et Washington dans un dossier sur lequel M. Bush ne devrait pas faire de compromis.
Le Prince Abdallah, qui dirige de facto le royaume saoudien en raison de la santé fragile du Roi Fahd, devrait partir aux Etats-Unis le 23 avril, selon un responsable saoudien.

• Souleiman Nimr (AFP)

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