Fatwa : Al Qaradawi remis à sa place

L’Instance de l’Iftaa a été l’auteur d’une réaction magistrale, cinglante et dans les règles de l’art à la "grossièreté" commise par Youssouf Al Qaradawi, cheikh égyptien et véritable machine à émettre les fatwas.
Réunie samedi dernier, l’Instance de l’Iftaa instituée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI au sein du Conseil supérieur des ouléma, a émis un communiqué en réponse à la fatwa d’Al Qaradawi, mais qui clarifie davantage  les choses quant à l’exercice de sa mission. Ce communiqué, qui avait d’ailleurs fait l’objet d’une autre longue réunion, dimanche dernier à Rabat, affirme que Youssouf Al Qaradawi a dépassé les limites de la bienséance en s’autoproclamant mufti du Maroc et des Marocains. «L’Instance chargée de l’Iftâa au Conseil supérieur des ouléma, est consciente des dangers que recèle ce flux médiatique, qui a ouvert les vannes à la fatwa, en sorte que le premier venu s’y adonne. C’est d’autant plus inquiétant qu’elle est à présent entre les mains de prétentieux, dont certains ont fait mauvais usage du savoir contre l’intérêt des gens", lit-on dans le communiqué de l’Instance de l’Iftaa qui regroupe une bonne vingtaine d’érudits marocains triés sur le volet. Ce sont ces érudits, conscients des réalités du Maroc et des Marocains, du rite malékite et de la longue histoire du Royaume, qui se sont prononcés pour rappeler à Youssouf Qaradawi que "l’attachement des Marocains à leurs traditions aux niveaux du savoir et de la connaissance explique leur vie communautaire sous la bannière de l’Islam, leur communion autour d’Imarat Al Mouminine, et leur unanimité autour de l’unité du culte, de la foi et du comportement".    
L’instance de l’Iftaa fustige explicitement ce qu’on pourrait appeler les "mercenaires de la fatwa" et les "télé-prédicateurs" payés au prix fort. "Caressant le leadership en matière d’érudition, ils ont en fait un tremplin, se donnant le droit d’émettre une fatwa pour la population du Maroc et se proclamant leur imam, feignant d’ignorer que le Maroc regorge d’institutions en la matière et d’érudits avérés, faisant fi ainsi des us et coutumes auxquels se réfèrent les ouléma dans le passé lointain et immédiat", affirme le communiqué de cette instance.
Cette dernière, une des composantes du Conseil supérieur des ouléma que préside Sa Majesté le Roi Mohammed VI (Commandeur des croyants), rappelle encore une fois que le domaine de l’Iftaa est strictement réglementé dans le Royaume.
Le "Conseil est le seul habilité dans le Royaume du Maroc à diligenter la fatwa dans ses normes et ses conditions. (…) la fatwa est confiée à une institution. Nulle autre partie, individus ou groupes, ne peut y interférer", ajoute le communiqué.
Pour l’Instance de l’Iftaa, Youssouf Qaradawi a porté préjudice au Maroc et aux Marocains en faisant un parallèle entre le Royaume et les pays d’immigration.
L’instance chargée de l’Iftaa est composée de 16 personnes sur les 46 membres du Conseil. Sa mission, encadrée par le Dahir du 22 avril 2004, vise à mettre fin à l’anarchie qui régnait dans le domaine de la fatwa.
Le 10 septembre 2006, le quotidien "Attajdid" publiait une fatwa de Youssouf Qaradawi "autorisant" les Marocains à recourir aux crédits bancaires pour l’acquisition d’un logement. Dans son argumentaire, le cheikh égyptien fait un parallèle entre les Marocains et les minorités musulmanes résidant dans des pays non islamiques "autorisées" à recourir aux banques pour financer l’achat d’un logement.
Youssouf Qaradawi était invité par le PJD pour animer la cinquième rencontre nationale de la jeunesse de Saâd Eddine El Othmani, organisée à Meknès du 23 au 30 août 2006.
Youssouf Qaradawi est le conseiller de bon nombre de banques islamiques dont certaines avaient, il y a quelques années, laissé des dizaines de milliers de familles égyptiennes sur le tapis.   
 

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