Faut-il relancer le plan saoudien ?

Le comité ministériel de suivi du plan de paix adopté par le sommet arabe fin mars à Beyrouth doit examiner samedi dans la capitale libanaise si la période est propice à sa relance malgré le refus du parti au pouvoir en Israël de toute idée d’Etat palestinien.
Les ministres des Affaires étrangères de huit pays (Arabie Saoudite, Bahrein, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Yémen) et de l’Autorité palestinienne, ainsi que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, feront le point sur la possibilité de rouvrir les volets de négociation avec Israël, selon une source gouvernementale libanaise. Les participants étudieront « la situation actuelle (au Proche-Orient) et les idées évoquées sur la scène internationale pour un règlement du conflit israélo-arabe dont le projet de conférence de paix », a déclaré à l’AFP Hicham Youssef, porte-parole de la Ligue arabe.
Lors de sa première réunion formelle, le comité sera informé des résultats des visites rendues en avril aux Etats-Unis par le prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdel Aziz, et les souverains jordanien et marocain, Abdallah II et Mohammed VI, a-t-on précisé de source libanaise et égyptienne. La réunion de quelques heures donnera aussi aux participants l’occasion d’aborder les résultats du sommet tripartite égypto-syro-saoudien qui s’est tenu le 11 mai à Charm El-Cheikh (Egypte).
Le 28 mars, le sommet arabe a adopté l’initiative du prince Abdallah, qui propose la paix et des relations normales avec Israël en échange d’un retrait des territoires arabes occupés depuis juin 1967, conformément à la résolution 242 du conseil de sécurité de l’ONU. Le lendemain, le premier ministre israélien Ariel Sharon lançait une offensive en Cisjordanie pour tenter de casser le « terrorisme » palestinien, l’armée israélienne réoccupant une partie des territoires autonomes et encerclant le président palestinien Yasser Arafat dans son quartier général de Ramallah. L’initiative arabe était alors gelée jusqu’à ce que le prince héritier saoudien, en visite aux Etats-Unis, remette le 25 avril au président George W. Bush un document en huit points pour ranimer le processus de paix. Ce document demandait notamment un retrait israélien des territoires autonomes palestiniens et un arrêt des colonies de peuplement israéliennes. Le 2 mai, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell lors de la rencontre du quartette (USA, Union Européenne, Nations Unies et Russie) a évoqué la convocation d’une conférence internationale sur le Proche-Orient pour l’été.
Toutefois, les pays arabes « modérés » comme l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie Saoudite ont annoncé qu’ils refuseraient de participer à une conférence du genre de celle proposée par le premier ministre israélien Ariel Sharon lors de sa propre visite aux Etats-Unis. Sharon n’a pas mentionné la participation de la Syrie et du Liban, deux pays en conflit avec Israël, il a écarté toute participation de Arafat et a suggéré de passer par des étapes intermédiaires plutôt que convenir d’emblée d’une solution définitive. La fin du siège du Q.G. de Arafat, le 1er mai, puis de l’église de la nativité à Bethléem le 10 mai, ont semblé créer un climat plus propice à une relance des discussion de paix au Proche-Orient. Le sommet tripartite de Charm El-Cheikh, le 11 mai, a renforcé l’actuelle atmosphère de détente, le président syrien Bachar Al-Assad ayant accepté d’appeler avec son collègue égyptien Hosni Moubarak et avec le Prince Abdallah à mettre un terme « à la violence sous toutes ses formes ». Jusque là, la Syrie avait toujours soutenu la légitimité des opérations de « résistance » palestiniennes, y compris les attentats suicide.
Toutefois, le vote dimanche par le comité central du propre parti de Sharon, le Likoud (droite), contre la création d’un Etat palestinien, a été interprétée par les pays arabes comme un nouvel obstacle.

• Pascal Mallet (AFP)

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