Fermeture d’antenne

Le reporter espagnol qui a donné cette «information» l’a présentée comme s’il s’agissait d’une actualité rapportée de la première ligne d’une guerre. À lire l’article, on dirait que le Maroc et l’Espagne seraient en train de se mener une guerre froide sans merci et que leurs services d’espionnage et de contre-espionnage auraient placé leurs troupes en état d’alerte maximale et que, des deux côtés, les espions des uns et des autres tombent, l’un après l’autre. Quand on a vu trop de films et quand on est à court d’informations sérieuses et crédibles, on tombe facilement dans l’exubérance.
En fait, dans chaque représentation diplomatique, il y a toujours, et partout dans le monde, un attaché militaire et un attaché militaire adjoint. Cela dépend évidemment des moyens dont dispose l’Etat concerné et de sa capacité à déployer des fonctionnaires à l’étranger.
Sont-ils des espions ? Non et oui. Cela dépend évidemment de la signification que l’on donne au mot «espion». S’il s’agit d’espionnage tel qu’il est présenté dans les films du fameux agent 007, la réponse est non. Mais, si l’on considère qu’un espion est quelqu’un qui collecte de l’information puis l’envoie à ses supérieurs dans son pays, il faut alors considérer que tous les membres d’une représentation diplomatique, de l’ambassadeur à l’officier chargé de la sécurité du bâtiment, sont des espions et ce, partout dans le monde. Car, tout fonctionnaire diplomatique déployé à l’étranger est censé faire des fiches de renseignement et d’analyse sur le pays où il est en mission. Cela ne fait pas d’eux des espions. Et la notion d’attaché militaire avait été inventée pour qu’il y ait un connaisseur des données relatives à l’armement et à l’art de faire la guerre pour qu’il puisse faire, lui aussi, des fiches sur la situation militaire du pays hôte et pouvoir, et c’est ce qui est le plus important, servir de relais pour les négociations de transactions commerciales à caractère militaire.
Toutefois, et vu le fait que les services d’espionnage sont le plus souvent rattachés au ministère de la Défense ou directement aux forces armées, l’attaché militaire a souvent joué le rôle de relais entre les services de renseignements de son pays et ceux du pays où il est en poste.  
Maintenant, pour croire que le CNI ait décidé de «fermer son antenne à Tétouan» et de retirer ses deux responsables, il faut être vraiment naïf. Ceux qui font de l’espionnage, du vrai, qu’il s’agisse d’espions marocains à Madrid ou d’agents espagnols à Rabat, ils sont à leurs postes en train de faire leur travail. Certains sont identifiés et répertoriés par les services du contre-espionnage des pays hôtes et d’autres ne le sont pas. Mais, vouloir détourner l’attention d’une manière aussi débile en parlant de la fermeture d’une antenne afin de pouvoir travailler à l’installation de nouveaux relais ailleurs est une action qui est en rupture avec les usages et les règles conventionnelles du monde en particulier du renseignement.

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