Inquiétude arabe croissante

Les menaces américaines sur l’Irak suscitent une inquiétude arabe croissante, certains analystes redoutant le scénario suivant: cherchant à éviter le risque de deux guerres simultanées dans la région, Washington veut calmer le foyer palestinien pour en allumer un autre en Irak.
Les missions, cette semaine au Proche-Orient du vice-président américain Dick Cheney et de l’émissaire du président George W. Bush, Anthony Zinni, peuvent être une illustration de cette thèse, estiment-ils.
« La visite de Dick Cheney dans la région a-t-elle vraiment pour objectif de faire cesser la violence entre israéliens et palestiniens, ou vise-t-elle a préparer les arabes et la scène internationale à des frappes sur l’Irak, dans le cadre de la campagne américaine contre le terrorisme ? », s’interrogeait lundi un éditorialiste du journal gouvernemental égyptien “Al Ahram”. La question est en réalité très simple, répond Abdel Alim Mohamed, directeur adjoint du centre d’études stratégiques du même groupe de presse.
Anthony Zinni, dont le retour est attendu cette semaine dans la région, « vient pour calmer la situation » entre Israéliens et Palestiniens, tandis que M. Cheney, qui entame mardi à Amman une tournée dans neuf pays arabes, « vient préparer l’opinion à une attaque contre l’Irak », accusé sans relâche par les Etats-Unis de développer des armes de destruction massive, dit-il à l’AFP.
« Les deux missions vont ensemble, dans le même sens de la nouvelle politique américaine », ajoute-t-il. Cette analyse est partagée par le chercheur Antoine Basbous, qui dirige, en France, l’observatoire des pays arabes.
« Cheney prépare l’attaque contre l’Irak, pendant que Zinni vient déminer la crise au Proche-Orient », affirme-t-il.
« Il ne peut pas y avoir deux foyers. Pas un seul régime arabe ami des Etats-Unis ne résisterait à la présence dee deux guerres dans la région », a-t-il expliqué à l’AFP. « Donc il va falloir calmer le jeu en Palestine, pour s’attaquer à Saddam Hussein ». Pour M. Basbous, deux guerres simultanées auraient des effets désastreux sur des pays tels que la Jordanie, déjà aux premières loges du conflit israélo-palestinien, et qui entretient des relations étroites, politiques et économiques, avec l’Irak. « Baghdad a une capacité importante de déstabilisation sur la Jordanie », ajoute-t-il. La presse officielle de Baghdad a averti qu’une frappe américaine contre l’Irak embraserait toute la région.
« Si le feu s’allume, il se répandra, et personne ne pourra l’empêcher de s’étendre ou le maîtriser », écrivait mardi le quotidien “Al-Iraq”.
Analysant lui aussi la concomitance entre la tournée de M.Cheney et celle de M. Zinni, le journal estime que l’administration américaine tente de « calmer la situation en Palestine » tout en engageant des concertations avec certaines capitales arabes sur « son projet d’agression » contre l’Irak.
Le roi Abdallah II de Jordanie a mis en garde une nouvelle fois, dimanche, contre les conséquences « catastrophiques » qu’entraînerait une frappe américaine contre l’Irak.
Quant à l’Egypte, autre allié privilégié des Etats-Unis dans la région, elle ne cesse depuis plusieurs mois d’appeler les Américains à la retenue face à l’Irak, s’inquiétant elle aussi de la stabilité régionale.

• Michel Sailhan (AFP)

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