Irak : Un 2 novembre crucial

« Avec ou sans (le président actuel des Etats-Unis) George W. Bush aux commandes, on ne fera pas du tout la même conférence », affirme un diplomate européen sous couvert de l’anonymat. Les électeurs américains doivent choisir entre M. Bush et son rival démocrate John Kerry, qui ont développé pendant la campagne électorale des stratégies différentes sur l’Irak. Les analystes égyptiens sont partagés sur l’attitude que M. Bush adoptera s’il est reconduit.
Pour les uns, la victoire risque de le conforter dans son intransigeance actuelle sur l’Irak, mais pour d’autres, elle pourrait l’inciter à plus de souplesse. « En cas de victoire de Bush, la conférence de Charm el-Cheikh pourrait constituer un premier test permettant de dire si celui-ci désire réellement dépasser les divergences anciennes pour coopérer (avec la communauté internationale) au rétablissement de la stabilité de l’Irak », souligne le quotidien gouvernemental égyptien «Al Ahram». « Avec Kerry, nous serons dans un autre cas de figure, mais personne ne peut dire si les déclarations du candidat survivront à son éventuelle victoire », souligne un diplomate arabe. John Kerry n’a pas cessé de harceler son adversaire républicain sur « l’erreur colossale » qu’il aurait commise en attaquant l’Irak en mars 2003 au lieu de poursuivre la traque du terroriste Oussama Ben Laden dans les montagnes afghanes. La conférence de Charm el-Cheikh doit réunir les 22 et 23 novembre les gouvernements de l’Irak, ses voisins (Syrie, Iran, Jordanie, Arabie saoudite, Turquie, Koweït), l’Egypte, les pays du G8 (Etats-Unis, Russie, Japon, Canada, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie), ainsi que des représentants de l’Onu, de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI).
Plusieurs ténors de la diplomatie mondiale y sont attendus, dont le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, et Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies. La liste définitive des participants n’a pas été établie. Officiellement, l’Egypte répond à une demande de Bagdad, fortement appuyée par Washington. Le gouvernement intérimaire irakien, dirigé par Iyad Allaoui cherche ainsi à s’assurer un soutien international pour l’organisation des élections prévues pour janvier 2005. Ce scrutin, dont on ignore la date exacte, devrait marquer l’aboutissement du processus de transfert de la souveraineté aux mains des Irakiens, entamé avec la passation des pouvoirs à un gouvernement intérimaire irakien aux termes de la résolution 1546 votée en juin par le Conseil de securité de l’Onu. Bagdad souhaite notamment l’envoi de forces arabes et musulmanes pour garantir le bon déroulement de ces élections, dans une ambiance marquée depuis plusieurs semaines par une escalade des attentats. Il n’a reçu pour l’instant aucune réponse. L’Egypte a adressé aux participants un avant-projet de déclaration finale de la conférence, soulignant la nécessité d’achever le processus politique enclenché en juin, mais ne comportant pas de calendrier de retrait des troupes de la Force multinationale dirigée par les Etats-Unis. La résolution 1546 prévoit que le mandat de cette force sera réexaminé à la demande du gouvernement intérimaire irakien ou en tout état de cause douze mois après l’adoption de ce texte. Paris souhaite qu’un « horizon » de retrait des troupes étrangères d’Irak se dégage de la conférence de Charm el-Cheikh. La France avait été l’une des premières à plaider pour la tenue d’une réunion internationale sur l’Irak, mais sous une forme et avec une participation différentes, incluant des acteurs non gouvernementaux irakiens.

• Hassen Zenati (AFP)

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