Irak : Un transfert pour rien

« Nous ne pensons pas que ce transfert implique un réel retour de l’Autorité aux Irakiens », a estimé le Comité des oulémas musulmans (sunnite) dans une réaction à chaud à l’événement qui a pris de court les Irakiens.
Mais, circonstances atténuantes, le comité respecté chez les sunnites a appelé, en dépit de ses réserves, « le gouvernement actuel à recouvrer la souveraineté de l’Irak, à être juste dans ses décisions et à se considérer comme le gouvernement de tous les Irakiens ».
Chez les sunnites de Bagdad, presque personne ne semble prêt à accorder un préjugé favorable au gouvernement du chiite Iyad Allaoui, auquel le pouvoir a été transféré officiellement.
« Je ne peux accorder ma confiance qu’à un gouvernement dont les membres ont affronté l’épreuve des urnes », dit un retraité, Hassan Mohammad, qualifiant de « comédie » la cérémonie de passation des pouvoirs.
« Les Américains ont fixé un rôle à chacun et ils vont contrôler les membres du gouvernement comme on contrôle les marionnettes », affirme de son côté un chauffeur de taxi, interrogé dans le quartier sunnite d’Adhamiya.
A Najaf, le coeur chiite de l’Irak, les grands ayatollahs, dont le prestigieux Ali Sistani, personnellement encensé par M. Allaoui dans une allocution qui a pris l’allure d’un discours d’investiture, n’avaient pas encore réagi à l’événement. Toutefois, dans les rues de la ville sainte au sud de Bagdad, le scepticisme l’emporte sur l’enthousiasme. « Il s’agit plus d’un transfert symbolique du pouvoir qui ne change rien à la situation, et la manière presque clandestine avec laquelle il a été organisé tend à le prouver », souligne Ahmad Hassan, 36 ans.
Certains osent quand même y croire, comme cet avocat de 34, Fadel Ghraoui, qui y voit « un bond qualitatif et un départ pour un Irak libre et indépendant ». Dans la ville de Bassorah, capitale méridionale de l’Irak, les avis divergent, mais la crainte des attentats reste la préoccupation principale et le transfert du pouvoir n’y change rien.
« Je ne pense pas que ce transfert changera quoi que ce soit à l’état d’insécurité. L’imposition de la loi martiale envisagée par le gouvernement Allaoui n’y changera rien et, d’ailleurs, notre ville a connu au moment même où se tenait la cérémonie à Bagdad une attaque qui a tué un soldat britannique et blessé un autre », note une interprète de 56 ans, Acil Kazimi. Au Kurdistan (nord) et plus précisément à Erbil, la passation des pouvoirs a fait resurgir la crainte d’un pouvoir central fort à Bagdad qui renierait l’autonomie de fait dont jouit la région.
« Nous avons de solides relations avec les partis qui ont lutté avec nous contre Saddam Hussein et soutiennent aujourd’hui un Irak fédéral sans écarter la possibilité d’une remise en cause de notre statut, à l’avenir, sous la pression d’extrémistes arabes », résume Safin Diza Ni, membre du Comité central du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani.
Le « ministre de l’Intérieur » du PDK, Karim Sinjari, tempère ces craintes en soulignant que la résolution 1.546 du Conseil de sécurité de l’Onu mentionne le statut fédéral de l’Irak, « ce qui nous rassure ».
Mais l’analyste politique Sami Haourach note avec regret que « les Kurdes ont milité pendant treize ans pour un statut clair, pour aboutir en fin de compte à une formule qui n’est pas totalement claire ».

• Kamal Taha (AFP)

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