Iran : La Justice s’en prend aux cinéastes

« Lorsque le ministère de la Culture (Réformateur) ne fait rien pour nettoyer le milieu culturel de ses membres indignes, l’appareil judiciaire n’a d’autre devoir que d’agir pour désintoxiquer l’espace culturel des éléments corrompus », affirme le communiqué du Parquet de Téhéran publié lundi par les journaux. Il réagissait aux critiques après l’arrestation, la semaine dernière par la police des moeurs, d’un directeur de festival de cinéma, Abolhassan Davoudi, et d’autres responsables du festival. M. Davoudi a été placé en soins intensifs à cause de problèmes cardiaques survenus lors de son interpellation.
Ces arrestations sont intervenues à la suite de protestations d’extrémistes islamistes contre la présence de femmes ne portant pas convenablement le voile islamique lors de la soirée de remise des prix du festival du cinéma, sorte de cérémonie des Oscars à l’iranienne, le 14 septembre. Justifiant ces arrestations, le Parquet affirme que, « lors de la cérémonie, on a assisté à de nombreuses insultes proférées contre les règles sacrées de l’Islam et à la propagation de l’immoralité ». La presse conservatrice a publié, pour s’indigner, de nombreuses photos de femmes très maquillées laissant dépasser leur chevelure du foulard, portant des manteaux très serrés et des pantalons courts arrivant au mollet.
Depuis la Révolution islamique de 1979, toutes les femmes, quelle que soient leur nationalité et leur religion, sont forcées de porter le foulard islamique en Iran et de dissimuler leur corps sous le tchador ou une espèce de manteau. « Ces actes ont été commis délibérément » et « malheureusement, le vice-ministre de la Culture chargé du Cinéma et d’autres responsables présents à la cérémonie ont approuvé par leur mine réjouie ces actes abominables et insultants », ajoute encore le Parquet.
Le ministre de la Culture, Ahmad Masjed Jameie, a pris la défense des cinéastes iraniens « qui ont brillé sur la scène internationale » et demandé que l’on ne « remette pas en cause le cinéma iranien pour un délit qui s’est produit en marge d’une cérémonie ». Rejetant ces accusations, la justice dénonce « les organisateurs du festival qui ont fait l’éloge d’acteurs ayant joué dans des films (produits sous l’ancien régime) contaminés par des scènes immorales et sexuelles ». « Au cours des années passées, nous avons observé de nombreux délits d’immoralité commis par de soi-disant artistes, dont le dernier est le viol de 8 fillettes de 7 à 9 ans par un responsable de la logistique des films cinématographiques », affirme-t-elle. C’est la première fois que la justice évoque cette affaire de viol publiquement, mais sans donner d’autres précisions.
Depuis qu’ils ont repris quasiment tous les pouvoirs en même temps que la majorité au Parlement en mai, les Conservateurs ont déclaré leur intention de faire respecter la morale islamique et un port strict du foulard. Même si cela est difficile à faire observer, la police a mené des opérations pour interpeller brièvement des centaines d’Iraniennes réfractaires au code islamique. Les organisateurs du festival ont publié un communiqué pour faire part de leur « profond regret » que « certaines invitées » n’aient pas tenu compte de la notice leur demandant de respecter le code vestimentaire islamique à la soirée. Mais le président réformateur, Mohammad Khatami, ainsi que plusieurs cinéastes, ont exprimé leur émotion. Le président s’est inquiété que de telles brimades ne poussent les artistes et les intellectuels à l’exil. Un des grands noms du cinéma iranien, le réalisateur Jafar Panahi, avait récemment affirmé se demander s’il ne serait pas forcé de renoncer à son art par la censure dans son pays.

• Siavosh Ghazi (AFP)

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