Iran : L’affaire Kazemi classée

« Le juge n’aurait pas dû clore l’affaire. Nous quittons le tribunal en signe de protestation », a déclaré à la presse furieuse la lauréate du prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, qui dirige un collectif d’avocats représentant la famille de Zahra Kazemi. Mme Ebadi a même menacé de porter l’affaire devant un tribunal international. « Nous avons plusieurs moyens légaux pour défendre les droits de nos clients et, en conformité avec la loi, si le client le demande, nous porterons l’affaire devant un tribunal international », a-t-elle dit. Des journalistes iraniens admis au tribunal ont indiqué que le juge avait mis fin au procès après avoir refusé d’entendre davantage l’argumentation de Mme Ebadi et des autres avocats représentant la famille de la victime. « Ce procès est injuste et le verdict qui sera prononcé est inéquitable », a ajouté Mme Ebadi, qui tenait par la main Ezzat Kazemi, la mère de Zahra Kazemi.
« Le parquet a abandonné les charges contre le vrai coupable et accuse un innocent », a-t-elle poursuivi.
Samedi, les collègues de Shirin Ebadi ont accusé Mohammad Bakhshi, un responsable de la justice travaillant à la prison d’Evine d’avoir frappé mortellement Zahra Kazemi, une thèse que le parquet a rejetée.
La justice accuse un agent des services de renseignements, Mohammad Reza Aghdam Ahmadi, qui avait participé aux interrogatoires de la journaliste, et qui doit répondre d’une accusation de meurtre « quasi intentionnel ». Le président du tribunal a également refusé d’appeler à la barre les témoins demandés par l’équipe de Mme Ebadi, notamment les ministres des Renseignements et de la Culture, le procureur général de Téhéran, Saïd Mortazavi, le directeur de la prison d’Evine et de l’hôpital où Zahra Kazemi a été admise ainsi qu’une dizaine de personnes travaillant à la prison d’Evine. « Je suis certain que mon client sera innocenté. Nous pensons que le coup mortel porté à la tête de Zahra Kazemi a été donné le premier jour de sa détention », a déclaré pour sa part Ghassem Chabani, l’avocat de Mohammad Reza Aghdam Ahmadi.
Auparavant, le président du tribunal avait suscité la colère des diplomates occidentaux qui voulaient assister à l’audience en leur interdisant l’entrée mais aussi en refusant que les journalistes de la presse internationale puissent assister au procès.
L’ambassadeur du Canada, Philip Mackinnon, celui des Pays-Bas, Hein De Vries, ainsi que des diplomates français et britanniques ont été interdits d’accéder à la salle d’audience.
« C’est un développement grave », a déclaré un diplomate occidental devant l’entrée du tribunal, ajoutant que cette décision aura des « conséquences diplomatiques ». « Cela va à l’encontre de toutes les assurances qu’on nous a données sur le caractère transparent du procès. C’est un sérieux coup pour les droits de l’Homme », a ajouté un autre diplomate.
Interrogé, le ministère iranien des Affaires étrangères n’était pas en mesure d’expliquer la brusque volte-face de la justice. « Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas autorisé les diplomates étrangers à assister au procès. Peut-être n’y avait-t-il pas de place pour eux ou étaient-ils arrivés en retard », a déclaré à la presse Hamid Reza Asséfi, porte-parole du ministère. « Zahra Kazemi était une citoyenne iranienne. Il est absurde pour le Canada d’affirmer qu’elle était canadienne.
Cela n’a aucun sens d’avoir un représentant canadien dans la salle », a-t-il ajouté. Zahra Kazemi est morte en juillet 2003 à l’âge de 54 ans après avoir été frappée à la tête alors qu’elle était en détention pour avoir photographié les alentours d’une prison de Téhéran. Le président du tribunal devrait prononcer son jugement d’ici une semaine.

• Stefan Smith (AFP)

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