Iran : Les prisonniers britanniques libérés

« Ils sont en territoire sous souveraineté britannique », a déclaré un diplomate, « ils sont fatigués, mais ils vont bien, et ils sont évidemment très, très soulagés ».
Les six Royal Marines et les deux marins faits prisonniers dans les eaux iraniennes du Chatt al-Arab, fleuve frontalier avec l’Irak, ont été libérés jeudi matin par les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime islamique, au prix de longues heures d’âpres tractations sur les lieux de leur détention dans le sud-ouest.
Ils ont été remis aux diplomates britanniques avec lesquels ils se sont envolés de l’aéroport de Mahshahr, non loin d’Abadan, à bord d’un avion spécialement affrété.
La télévision iranienne Al-Alam a montré de nouvelles images dévalorisantes de soldats embarquant avec un simple baluchon, abandonnant derrière soi leur armement et leurs équipements, puis hagards ou effondrés de fatigue sur les sièges de l’appareil.
Après leur arrivée dans la capitale en début d’après-midi, ils ont été conduits à l’ambassade. Ils devraient désormais rapidement prendre un avion de Téhéran pour Londres. Un vol de British Airways relie Téhéran et Londres vendredi matin.
Cependant, « je pense qu’ils retourneront probablement sur leur base en Irak », a déclaré un porte-parole de Tony Blair.
Pour eux s’achèvera ainsi une épreuve de quatre jours et pour leur pays l’incident le plus grave avec l’Iran depuis la campagne irakienne.
Il aura fallu des heures de difficiles négociations, achoppant sur les modalités du retour.
Selon Al-Alam, les Gardiens de la Révolution n’ont pas accepté que les prisonniers repartent avec leurs bateaux, leur armement et leurs matériels. Ils n’ont pas voulu non plus qu’ils prennent la route, ce qui aurait peut-être été plus simple et plus rapide, pour franchir la frontière, pourtant toute proche, et qu’ils regagnent la zone d’occupation britannique en Irak parce que l’Iran ne reconnaît pas l’occupation de son voisin par des troupes étrangères, a expliqué Al-Alam.
Les captifs avaient satisfait l’une des exigences iraniennes en reconnaissant s’être trouvés par erreur dans les eaux iraniennes et en présentant leurs « excuses ». L’opinion britannique risque de mettre quelque temps pour oublier ces « confessions » ainsi que les images de ses soldats marchant sous le soleil brûlant en file indienne, les yeux bandés et les mains sur la tête. Le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, « heureux », a souligné que les soldats avaient été « bien traités ». Un commandant des Gardiens de la Révolution a rapporté que les captifs étaient tellement abattus que, « pour leur remonter le moral, nous leur avons permis de suivre en direct le match de l’Euro 2004 entre l’Angleterre et la Croatie », remporté 4 à 2 par leurs compatriotes.
L’arrestation des Britanniques s’ajoute à une liste de crispations déjà longue dans les relations entre Téhéran et Londres. M. Straw a reconnu que les rapports avec la République islamique étaient « parfois compliqués ».
Les analystes s’interrogent sur les motivations de ces arrestations: excès de zèle local alors que les rapports sur le Chatt al-Arab étaient cordiaux jusqu’alors, souci d’affirmer la souveraineté nationale ou le pouvoir des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique qui a intercepté les bateaux, représailles à un texte co-rédigé par Londres et très critique sur le nucléaire iranien, ou tout cela à la fois.
Le vice-commandant des forces navales des Gardiens de la Révolution, l’amiral Ali Fadavi, cité par l’agence officielle Irna, a prévenu que son armée ne se montrerait peut-être pas aussi clémente avec ses éventuels prochains prisonniers qu’avec les huit soldats britanniques.

• Stefan Smith (AFP)

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *