Islam : Débat sur Internet

Le massacre de 12 otages népalais et l’enlèvement de deux journalistes français en Irak ainsi que la tragédie de l’école de Beslan en Ossétie du Nord (dans le Caucase russe), qui a fait 335 morts et plus de 500 blessés, dont nombre d’enfants et de femmes, ont agi comme un révélateur.
Le débat délimite deux camps nettement opposés, les uns justifiant les moyens « terroristes » utilisés au nom des fins recherchés (retrait des troupes américaines et étrangères) et les autres réclamant le rétablissement de l’image d’un islam collant à ses préceptes moraux originels et au dessus de tout soupçon, « souillée par ces actes criminels », selon le propos du journaliste égyptien Makram Mohammed Ahmed, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Al-Moussaouar. « Nous sommes face à des crimes imbéciles qui n’ont aucun lien avec la religion, mais sont un complot pour ternir l’image de l’Islam et mobiliser ses ennemis contre lui », estime cet éditorialiste. Située au Caire, Al-Azhar, la plus grande autorité musulmane sunnite dans le monde, a condamné à plusieurs reprises les prises d’otages et les assassinats de civils, en se basant sur un principe coranique: « Celui qui tue une seule âme sans raison, c’est comme s’il avait tué toute l’Humanité ».
Le débat s’est enflammé à la suite d’un article d’Abdel Ramhame al-Rached publié mercredi dans le quotidien à capitaux saoudiens Asharq Al-Awsat, affirmant « en toute amertume, que la majorité des terroristes dans le monde sont musulmans », des preneurs d’otages des écoliers en Ossétie aux violeurs du Darfour (ouest Soudan). « C’est une image dure, embarrassante et humiliante », ajoutait-il, en s’en prenant au célèbre prédicateur chroniqueur de la télévision satellitaire arabe Al-Jazira, cheikh Youssef al-Qardaoui, qui avait promulgué une fatwa (décret islamique) autorisant l’assassinat de civils américains en Irak. Prenant la défense de cheikh Qardaoui, un lecteur a immédiatement répliqué à son détracteur : « Votre article n’a fait qu’augmenter mon amour et mon admiration pour cheikh Qardaoui …
L’Irak est un pays occupé. C’est une scène de guerre chaude. Y combattre les Américains est une obligation pour tout musulman », écrit-il sur le forum en ligne du journal.
« Vis-tu sur Terre ou sur Mars? » demande cet autre lecteur. « Sais-tu quelque chose des crimes de Sharon? Sais-tu combien de crimes terroristes Bush a commis en Afghanistan et en Irak et combien d’enfants il a tué? Peux-tu me citer un peuple, une ethnie une nation plus opprimés aujourd’hui que les Musulmans? ». L’écrivain et journaliste Ahmed al-Ribeï estime pour sa part sur le même forum que le « soulèvement humanitaire dans les médias arabes contre l’opération de l’école (de Beslan) redonne espoir pour un retour éthique dénonçant le terrorisme, abstraction faite de ses auteurs et victimes ». Il souligne que conditionner la libération des deux journalistes français retenus en Irak à la position « positive » de la France sur les questions arabes « signifie que nous risquons de garder le silence sur l’enlèvement d’autres journalistes innocents dont le gouvernement aurait une autre position sur les causes arabes ». « Nous ne sortirons pas de cette spirale sans une boussole humanitaire », ajoute-t-il. L’écrivain islamiste Fahmy Howeidy, estime pour sa part qu’il « ne faut pas mettre toutes les formes de violence dans le même panier », en plaidant pour une analyse cas par cas. A la suite d’Al-Ahram, Makram Mohammed Ahmed relance le projet d’une conférence internationale qui définirait le « terrorisme » afin de le distinguer de la « résistance », en soulignant que « les Américains ne sont pas enthousiastes (…) pour des raisons liées à Israël qui veut présenter son problème avec les Palestiniens comme du terrorisme ».

• Hassen Zenati (AFP)

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