Israel-ONU : Vive polémique

L’affaire a débuté par la diffusion samedi par l’armée israélienne d’un film vidéo pris par un drone dans la Bande de Gaza où l’on voit une ambulance de l’Onu.
Selon la version officielle israélienne, les images montrent un Palestinien en train de jeter une roquette dans le véhicule. Ce film a été diffusé quelques jours après le début de l’offensive israélienne dans le nord de la Bande de Gaza, dont l’objectif affiché est de mettre fin aux tirs de roquettes vers le sud d’Israël qui ont tué, le 29 septembre, deux enfants israéliens. En revanche, pour le chef l’agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés de Palestine (Unrwa), Peter Hansen, ce film ne montre rien d’autre que du personnel médical jetant un brancard vide dans le véhicule.
Pour tenter de faire la lumière sur cet incident, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a annoncé, lundi, l’envoi d’une équipe de l’Onu, attendue mercredi ou jeudi en Israël. Mais entre-temps le ton est monté d’un cran après les déclarations de Peter Hansen qui a reconnu, lundi, que son organisation employait des membres du Hamas, le principal mouvement islamique palestinien, bête noire d’Israël et considéré comme une organisation « terroriste » par les Etats-Unis et l’Union européenne. « Je suis sûr qu’il y des membres du Hamas qui émargent à l’Unrwa et je ne considère pas cela comme un crime. Le Hamas, en tant qu’organisation politique, ne signifie pas que chaque membre est un militant et nous ne pratiquons pas l’exclusion politique », a expliqué M. Hansen à la chaîne canadienne CBC. L’ambassadeur d’Israël à l’Onu, Dan Gillerman, a affirmé avoir « dit clairement » à M. Annan « que ce que nous voyons ici, c’est une tendance très inquiétante d’implication de l’Onu dans des activités terroristes ». « Le fait que le chef de l’Unrwa avoue que son organisation emploie des terroristes du Hamas mérite une enquête, de même que les transports d’armes et de terroristes dans des ambulances de l’Onu », a affirmé, de son côté, à l’AFP le conseiller diplomatique du Premier ministre israélien, Ariel Sharon, Dore Gold. Selon cet ex-ambassadeur à l’Onu, les « images de l’ambulance parlent d’elles-mêmes ».
Les médias israéliens ont toutefois commencé mardi à émettre de sérieux doutes. Un commentateur de la radio militaire a admis qu’Israël ne « disposait pas d’images pouvant constituer une preuve irréfutable » et « qu’un nouvel examen du matériel filmé était en cours pour vérifier qu’il n’y a pas eu d’erreur ». La radio a également interviewé le chauffeur palestinien de l’ambulance, Waël Ghabayen, employé par l’Onu dans le camp de réfugiés de Jabaliya. Il a réaffirmé être venu évacuer un Palestinien blessé par des tirs de soldats israéliens, « mais une autre ambulance l’avait déjà pris en charge, si bien que je suis revenu en portant le brancard que j’ai jeté dans mon ambulance ». Le commandant de la région militaire de la Bande de Gaza, le général Shmuel Zakaï, s’est refusé à se prononcer sur « ce cas particulier ». « Tout ce que je peux dire avec certitude c’est que nous disposons de multiples preuves du fait que les terroristes utilisent les véhicules de l’Onu », a-t-il dit à la radio. M. Hansen a exigé « des excuses » d’Israël dans une lettre adressée au chef de la diplomatie Sylvan Shalom. Il a qualifié de « propagande malveillante » les accusations israéliennes et exigé du gouvernement de « se rétracter publiquement ». Cette demande a été rejetée par Israël.
Selon un haut fonctionnaire des Affaires étrangères qui a requis l’anonymat, la mission israélienne à l’Onu à New York « va entreprendre une démarche diplomatique pour se plaindre de Hansen. Il a dépassé toutes les bornes de la non neutralité ».

• Jean-Luc Renaudie (AFP)

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