Israël veut intimider la Syrie

Des menaces d’opérations militaires contre Damas ont ainsi été proférées jeudi par un haut responsable israélien, le vice-ministre de la Défense Zeev Boïm, qui a toutefois souligné qu’il ne fallait pas susciter un embrasement général dans la région. « Il est possible de lancer des opérations à condition de bien choisir ses cibles, le moment approprié, afin que les Syriens comprennent qu’il y a des limites à ne pas franchir », a déclaré M. Boïm à la radio publique israélienne. Du coup les commentateurs israéliens s’interrogent. « Pourquoi s’en prendre maintenant à la Syrie? » se demande jeudi l’un d’eux, Amos Harel, dans les colonnes du quotidien «Haaretz». Selon des officiers du renseignement, cités par ce journal, les trois quarts des attentats planifiés en Cisjordanie sont directement financés par le Hezbollah, mouvement chiite libanais soutenu par la Syrie, tandis que le Hamas à Hébron -ville du sud de la Cisjordanie d’où sont partis les deux auteurs de l’attentat qui a fait 16 morts mardi- serait en contact direct avec la direction politique de cette organisation radicale qui siège à Damas.
D’autres commentateurs estiment pour leur part que les déclarations israéliennes incriminant la Syrie, relayées par celles de plusieurs dirigeants, notamment le ministre des Affaires étrangères Sylvan Shalom et le chef d’état-major Moshe Yaalon, cacheraient une motivation purement politique. Israël, selon ces spécialistes, chercherait à isoler la Syrie -pays qui se trouve sur la liste noire des pays que le département d’Etat américain accuse de soutenir le terrorisme- au moment où un projet de résolution présenté par les Etats-Unis et la France sur la souveraineté du Liban doit être soumis jeudi à un vote devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Les autorités israéliennes souhaitent par ailleurs contrecarrer la signature définitive d’un accord d’association entre la Syrie et l’Union européenne dont la finalisation bute encore sur une clause concernant les armes de destruction massive (ADM). Les 25 Etats membres de l’UE se sont entendus en mai à Bruxelles pour exiger des efforts accrus de Damas dans la lutte contre ces armes, en contrepartie de la signature d’un accord d’association.
La Syrie réclame de son côté que tout le Moyen-Orient, y compris Israël, soit débarrassé des ADM. « L’intérêt d’Israël est là: essayer de profiter de ce contexte international, tenter d’obtenir des sanctions contre la Syrie, empêcher l’accord entre Damas et l’Union européenne et éventuellement alourdir le dossier Moussa Abou Marzouk », explique à l’AFP Reuven Paz, un spécialiste du Hamas et de la Syrie, en évoquant cet ancien chef du bureau politique du Hamas, actuellement dans le collimateur de la justice américaine, qui réclame son extradition. Selon le professeur Paz, les autorités israéliennes souhaitent également resserrer leur étau sur Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas.
Le porte-parole du Premier ministre Ariel Sharon, Raanan Gissin a affirmé jeudi à l’AFP que « les ordres des attentats terroristes viennent directement du bureau de Khaled Mechaal installé à Damas ». Le 5 octobre 2003, pour la première fois depuis trente ans, Israël avait lancé un raid aérien à l’intérieur de la Syrie.
L’attaque, qui n’avait pas fait de victime, avait visé un camp d’entraînement près de Damas utilisé, selon l’Etat hébreu, par le Jihad islamique, mouvement radical palestinien qui avait revendiqué un attentat suicide.

• Patrick Anidjar AFP

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