Khouribga, la colère des habitants

«Nous sommes tous des victimes potentielles des agressions meurtrières que connaît la ville de Khouribga ». Mohamed Talbi ne croyait pas tenir là un « mot d’ordre» pour le sit-in de protestation qui s’est tenu hier mardi, sur la place « La Marche verte», à l’appel de l’Association marocaine des droits de l’Homme. Contacté par « ALM », le président de la section-Khouribga de l’AMDH nous a affirmé que les récents événements tragiques qui ont secoué la ville n’étaient que « la goutte qui a fait déborder le vase ». Notre pensée va aux victimes tragiques du double assassinat perpétré par le dénommé Saïd Mandili, un repris de justice : il s’agit des regrettés Yahyia Wakkal, père de deux filles, et  Saïd Bouadi, originaire du douar «Aoulad Messaoud», relevant de la province de Settat. S’agissant des blessés, il faut compter Tarek Nmiri, Bouazza Chababi et Douraid Lahcen. Dans ce chapitre macabre, même les animaux n’ont pas été épargnés par le dangereux criminel. Comme pour garnir son pedigree, S. Mandili a «réussi» à abattre un cheval, après avoir raté de justesse son propriétaire, en l’occurrence Fekkak Bih. Cette série noire de meurtres aurait pourtant pu être évitée, à en croire plusieurs habitants du quartier «Al Qods». Le serial killer aurait été relâché en 2004 «au bénéfice du doute», après avoir été accusé de «complicité» dans une précédente affaire de meurtre, rappelle-t-on. Pour plusieurs habitants, comme pour la section locale de l’AMDH, une enquête devrait être ouverte pour déterminer les « véritables raisons pour lesquelles le criminel aurait été acquitté ». L’ouverture de cette enquête fait partie de plusieurs revendications exprimées dans un communiqué de l’AMDH, dont copie est parvenue à « ALM ». Dans ce communiqué, l’Association appelle les ministères de l’Intérieur et de la Justice à « créer une commission d’enquête pour faire la lumière sur les circonstances ayant entraîné la relaxation de l’accusé», Saïd Mandili. La saisine des deux ministères de tutelle intervient après moult sit-in de protestation devant la Direction de la Sûreté nationale, la Cour d’Appel et la prison locale de Khouribga. Ces dernières sont «accusées» d’avoir été «sourdes» aux revendications pressantes de la population. D’où la colère, voire l’indignation, de cette population, qui a été endeuillée ces derniers jours également par le meurtre d’un élève devant le collège « Al Massira». Le sentiment d’insécurité qui s’empare de cette population vient se conjuguer à « la situation sociale explosive » à Khouribga, déplorent les responsables de la section locale de l’AMDH. « Ce qui vient de se passer est le reflet de la détérioration de la situation socio-économique de la population, traduite par la propagation inquiétante de la délinquance dans les rangs des jeunes, combinée au trafic de toutes sortes de stupéfiants dans les quartiers populaires notamment », expliquent-ils. Entre autres quartiers malfamés, ils citent «Hay Essalam», «Hay El Fath», «Hay Al-Inbiât», «Hay Labrik», considéré comme le QG des trafiquants de drogue, et «Douar Zitoune», dans lequel les agressions à mains armées feraient rage.
Le sit-in, qui devait se tenir hier à Khouribga, tire ainsi la sonnette d’alarme sur la dégradation de la situation sécuritaire mais aussi sur la détérioration des conditions de vie «dans la capitale du phosphate». «Pourvu qu’une partie des revenus des phosphates profite à la population locale», espère-t-on. Cela pourrait peut-être aider à alléger la souffrance d’une population, prise entre le marteau de la criminalité et l’enclume de la misère.

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