La Libye débordée par les clandestins

Des dizaines de milliers d’immigrés africains, arabes et plus rarement maghrébins, hantent Tripoli et les grandes villes libyennes, avec une seule idée en tête: rejoindre par tous les moyens l’Europe, en particulier l’Italie ou la France. A défaut de recensement officiel, le nombre de ces « hôtes » de passage est estimé, de source occidentale, entre 1,5 et 2 millions de personnes, pour une population libyenne totale de 6 millions d’habitants. Non assujettis à un visa d’entrée sur le territoire libyen, ils viennent pour la plupart du Tchad, du Niger, du Mali, du Sénégal ou du Nigéria. On compte aussi des Egyptiens convoyés par des passeurs peu scrupuleux qui les abandonnent à la première occasion. Considérés dans un premier temps comme des « bienvenus » par Tripoli, dans le cadre de la promotion de sa politique africaine, ils ont devenus « encombrants », à ses yeux, depuis l’ouverture de la Libye vers l’Europe et les Etats-Unis, il y a quelques mois.
Le chef de la diplomatie libyenne, Abdelrahmane Chalgham, a parlé récemment « d’invasion » et exprimé sa crainte que des « terroristes » ne soient infiltrés parmi les clandestins. Il leur a reproché aussi d’entretenir des réseaux de prostitution et de drogue. En attendant un éventuel embarquement vers l’Europe, ces immigrés, souvent jeunes, doivent en effet se contenter de vivoter, gagnant chichement leur vie sur des chantiers de construction, ou en pratiquant divers petits boulots. Le premier signal d’alarme sur les difficultés de cohabitation entre cette immigration et les Libyens a retenti à l’automne 2000, peu après la proclamation en grande pompe de l’Union africaine à Syrte par le colonel Mouammar Kadhafi.
Une banale altercation entre un Africain et un Libyen avait dégénéré en émeute, faisant six morts à Ezzaouia, près de Tripoli. Depuis, Tripoli a progressivement durci sa politique d’accueil des Subsahariens et organisé la chasse aux clandestins sur son territoire. Mais les autorités affirment avoir des difficultés à contrôler leurs milliers de kilomètres de frontières terrestres avec le Niger, le Tchad et l’Algérie, et une façade maritime de plus de 2.000 kilomètres, à quelques milles de la petite île italienne de Lampedusa, halte obligée des clandestins entassés le plus souvent dans des embarcations de fortune. La Libye demande notamment le soutien de l’Union européenne pour faire la police parmi ces candidats au départ illégal et les regrouper dans des camps sur son territoire en attendant de les renvoyer chez eux. En août, elle n’a pas hésité à embarquer quelque 70 Erythréens dans un avion militaire pour les renvoyer vers Asmara dans des conditions critiquées par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies. Les expulsés avaient détourné leur avion vers Khartoum.
L’Italie, principale concernée par le flux incessant venant de Libye et plus généralement d’Afrique du Nord, a promis de former des policiers libyens spécialisés dans la lutte contre l’émigration clandestine et de mobiliser quatre avions d’observation, ainsi que des vedettes pour la surveillance des côtes libyennes. Mais la Libye souhaite aussi acheter divers équipements (vedettes, véhicules tout-terrain, matériel d’observation) lui permettant de mieux contrôler ses frontières terrestres et maritimes. La levée partielle de l’embargo européen sur les armes, qui lui était imposé depuis 1986, devrait le lui permettre. La décision de principe prise le 21 septembre par la Commission européenne devrait être entérinée officiellement les 11 et 12 octobre, lors de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Luxembourg.

• Hassen Zenati (AFP)

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