La Libye élargit la libéralisation

Cette décision du Congrès général populaire (CGP), qui fait office de Parlement, intervient alors que la Libye mise sur le réchauffement de ses liens avec les Etats-Unis pour améliorer son image auprès des investisseurs étrangers.
Réuni la semaine dernière à Syrte (nord), le CGP a notamment décidé d’abolir une loi interdisant aux Libyens de posséder plus d’une maison, introduite par le régime du colonel Mouammar Kadhafi dans les années 1970. La nouvelle loi accorde en outre aux Libyens la liberté de louer des appartements ou d’autres biens immobiliers.
Le CGP a également décidé d’ouvrir totalement le secteur du tourisme aux investissements locaux et étrangers. La Libye essaie ainsi de développer un potentiel touristique prometteur, avec des plages, des oasis et des sites archéologiques d’une grande beauté, tel l’amphithéatre romain de Sabrata et la ville antique de Leptis Magna. La Libye tentait depuis 1997 d’attirer des investissements vers le tourisme, mais depuis, seule l’ouverture à Tripoli en 2002 d’un hôtel luxueux par le groupe libyo-maltais Corinthia s’est concrétisée. Les tentatives de la Libye de réduire sa dépendance du pétrole a commencé à la fin des années 1980, quand les cours mondiaux du brut se sont effondrés, réduisant la capacité du gouvernement à maintenir ses subventions généreuses. Les sanctions imposées en 1992 par l’Onu après l’attentat de Lockerbie ont rendu encore plus urgente la nécessité de diversifier les sources de revenu du pays.
La crise économique s’est traduite par une poussée du chômage, estimé de sources économiques occidentales à entre 25% et 30% de la population active.
Des diplomates estiment que les chances de la Libye d’accroître les investissements non-pétroliers se sont largement améliorées du fait de la levée, en septembre, des sanctions de l’Onu, et du réchauffement des liens avec Washington, après sa décision de démanteler ses programmes clandestins d’armement non-conventionnel. Les mesures de libéralisation décidées jusqu’à présent par la Libye n’ont fait qu’accroître les investissements dans le domaine du pétrole et du gaz, prisés du fait qu’ils garantissent un revenu relativement rapide et sans risque. Selon un économiste arabe, plus de 90% des contrats signés l’année dernière avec des firmes étrangères portaient sur l’énergie, alors que, dans les années 1970, la moitié des contrats étaient liés aux travaux publics. Le pétrole constitue 94% des exportations de la Libye, 60% des recettes du gouvernement et 30% du Produit intérieur brut du pays, d’après les chiffres officiels qui estiment le PIB en 2002 à 34 milliards de dollars.
Des journaux arabes ont attribué la libéralisation croissante au Premier ministre réformateur, Choukri Ghanem, qui a été reconduit dans ses fonctions par le CGP le 6 mars.
Ces journaux affirment que les Comités révolutionnaires, principale organisation politique du pays, sont plus réticents. Mais c’est Kadhafi qui tire les ficelles, selon un diplomate. « Les Comités révolutionnaires font ce que Kadhafi leur dit de faire », estime-t-il. Le CGP a restauré en outre le ministère de l’Energie, aboli en 2000, et nommé à sa tête Fathi Ben Chatouan, un expert pétrolier proche des Comités révolutionnaires, d’après un membre du CGP.
Cette décision devrait faciliter la reprise des discussions avec les groupes pétroliers américains qui ont été autorisés, en février, par Washington à négocier leur retour en Libye, pays qu’ils ont quitté en 1986 après la mise en place de sanctions américaines unilatérales.

• Afaf El-Gueblaoui (AFP)

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