La présence américaine remise en cause

Tandis que le désaccord saoudo-américain sur le Proche-Orient est manifeste, le transfert des quelque 5.000 militaires américains hors d’Arabie Saoudite, où leur présence est pourtant d’une importance stratégique pour Washington, est évoqué avec de plus en plus d’insistance. « Les américains veulent, depuis un certain temps, alléger leur présence militaire en Arabie, et ils se sentiraient mieux ailleurs, peut-être au Qatar », pays voisin, a déclaré à l’AFP un diplomate occidental, qui a requis l’anonymat. Ce diplomate se référait aux informations faisant état depuis plusieurs mois d’un éventuel repli des troupes américaines au Qatar, un petit pays qui sert déjà de centre de stockage d’équipements militaires américains, le plus grand au Proche-Orient. Les militaires américains en Arabie sont rassemblés en grande majorité sur la base aérienne prince sultan, àKharj, à 80 km au sud de Ryad. Les autres, généralement des conseillers, opèrent dans différentes régions du royaume. Ils sont au nombre de 5.000 à 6.000, selon des estimations diplomatiques occidentales, et de 30.000 à 40.000 si l’on inclut les civils opérant en Arabie en liaison avec ces militaires, selon des estimations non officielles.
Les attaques terroristes de 1995 et 1996 contre des installations militaires à Ryad et à Dharan (est) ont amené les Etats-Unis à rassembler leurs forces aériennes sur la base du prince sultan où, selon un diplomate occidental, « les américains se sentent isolés dans cette région désertique ». Le sénateur américain Carl Levin, président de la commission sénatoriale des forces armées, a estimé en janvier que les militaires déployés sur le sol saoudien avaient un « sentiment désagréable » de n’être pas les bienvenus.
L’Arabie a ouvert ses portes aux troupes étrangères en 1990, après l’invasion du Koweit par l’Irak.. Mais la présence américaine est depuis plusieurs années mal ressentie dans le royaume comme dans le reste de la région. Le renvoi des troupes américaines d’Arabie a été demandé à plusieurs reprises par l’islamiste Oussama Ben Laden, d’origine saoudienne, accusé d’être l’instigateur des attentats du 11 septembre.
Ces attentats, impliquant des saoudiens selon Washington, ont provoqué un malaise dans les relations saoudo-américaines, Ryad ayant refusé que les Etats-Unis utilisent des avions sur la base du prince sultan pour lancer des attaques contre l’Afghanistan. L’Arabie a également choisi d’améliorer ses relations avec l’Iran et de reprendre langue avec l’Irak, au grand dam des Etats-Unis qui ont inclus ces deux pays dans l' »axe du mal ». Mais les relations stratégiques entre Ryad et Washington, qui remontent aux années 1930 du temps du Roi Abdel Aziz Ben Saoud, le fondateur du royaume, ne sont pas faciles à défaire, estime-t-on dans les milieux de l’opposition saoudienne en exil qui, pourtant, souhaite un départ des troupes américaines. « Les dirigeant saoudiens admettent que la présence militaire américaine leur est devenue préjudiciable, et les américains reconnaissent que cette présence nuit à la légitimité du régime saoudien », a déclaré à l’AFP le chef du mouvement islamique pour la réforme en Arabie (Mira, opposition basée à Londres), Saad Al-Faqih. « Mais une réduction des troupes ou un retrait n’est pas à l’ordre du jour », a-t-il estimé.
Dans la foulée des rumeurs ces derniers mois sur un retrait, « il n’y a eu aucun redéploiement de personnel militaire américain hors du royaume », a-t-il ajouté, affirmant tenir cette information « de sources au sein des forces armées saoudiennes ». « Les forces américaines n’ont fait que transférer au Qatar de vieux équipements de technologie militaire, et non de combat, pour les remplacer par du matériel moins encombrant et plus performant », a-t-il indiqué.

• Taïeb Mahjoub (AFP)

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