La presse US panse ses plaies

Ce 1er mai marquera le premier anniversaire de la démission d’un jeune journaliste du “New York Times”, Jayson Blair, qui a « inauguré » une série de scandales. Reconnu coupable de plagiats et de « fabrication » d’information dans ses reportages, Blair a secoué la rédaction du journal new-yorkais, considéré comme un des quotidiens les plus prestigieux des Etats-Unis.
Quelques mois après, le rédacteur en chef Howell Raines et son adjoint, emportés par le scandale, démissionnaient. A peine le cas Blair révélé, d’autres affaires du même genre ont éclaté. Un autre journaliste du NYT -Rick Bragg gagnant du prix Pulitzer – a été forcé à la démission pour avoir utilisé des informations sans source appartenant à des collaborateurs pigistes non identifiés. Ensuite, ce fut le tour d’un reporter de l’agence Associated Press, Christopher Newton, prié de quitter ses fonctions après avoir été incapable de prouver l’existence d’une quarantaine de personnes citées dans ses papiers et d’une dizaine d’organisations dont il avait utilisé les témoignages.
Les journalistes de la presse écrite ne sont toutefois pas les seuls dans la tourmente. En avril 2003, le “Los Angeles Times” a licencié un de ses photographes travaillant en Irak pour avoir manipulé électroniquement une photo montrant un soldat britannique obligeant des civils irakiens à se protéger durant des coups de feu. Plus récemment, en mars, “USA Today”, le quotidien national le plus vendu aux Etats-Unis, a reconnu, suite à une enquête interne, qu’un de ses reporters vedette, Jack Kelley, avait fabriqué de nombreux reportages, en particulier à l’étranger, pendant plus d’une décennie.
La rédactrice en chef du quotidien, Karen Jurgensen, a démissionné la semaine dernière. Alors que certains observateurs estiment que cette série de scandales se résume à une « annus horribilis » pour la presse américaine, d’autres interprètent ces dérives comme symptomatiques d’un profond malaise culturel à un moment où la confiance du public américain a déjà été mise à rude épreuve avec les scandales financiers et avec les doutes sur les motifs de l’entrée en guerre de leur pays en Irak. « La frontière entre la fiction et la réalité n’a jamais été aussi ténue qu’aujourd’hui », a souligné Mark Miller, un professeur de communication à l’université de New York. « Nous vivons à l’époque des reality-show (émissions de télé-réalité) qui, en fait, n’ont rien à voir du tout avec la réalité », explique-t-il, ajoutant que l’éthique des journalistes a également souffert des mouvements de concentration et des rachats de medias par de grands groupes. « On attend des chaînes d’information qu’elles rapportent autant d’argent que les chaînes de divertissement, et les journalistes d’information sont soumis aux mêmes pressions », a ajouté M. Miller. Les scandales secouant la presse américaine ne sont toutefois pas nouveaux.
Avant l’affaire Blair, le cas le plus célèbre est celui d’une journaliste du “Washington Post”, Janet Cooke, qui a gagné le prix Pulitzer en 1981 pour une histoire concernant un jeune drogué de 8 ans dont elle avait inventé l’existence. « Et il y en a encore, avant », a indiqué Richard Wald professeur de journalisme à l’université de Columbia. « La différence, dit-il, est que maintenant les gens sont découverts ».

• Giles Hewitt (AFP)

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