La Suisse gagnée par le populisme

«La Suisse romande a été plus longue à contaminer », observe le député radical (centre-droit) John Dupraz. « Elle est historiquement plus ouverte: Genève avait déjà 30% d’étrangers au début du XXe siècle ». Alors que le milliardaire Christoph Blocher, homme fort de l’Union démocratique du centre (UDC), disait avant les élections législatives espérer 10 % des suffrages en Suisse romande, son parti a largement dépassé ce chiffre dans les cantons francophones de l’ouest du pays (20 % de la population). La montée de l’UDC est spectaculaire dans le canton de Neuchâtel où ce parti n’avait pas même présenté de candidat lors du précédent scrutin législatif, en 1999. Il obtient cette fois 22,4 % des voix, non loin de la moyenne nationale de 27,7 % des suffrages. A Genève, l’UDC est passée de 7,5 % à 18,3 % des voix et dans le canton de Vaud (Lausanne) de 10,7 % à 20,8 %. On est certes loin encore des scores de Suisse alémanique (65 % de la population), où le parti blochérien dépasse fréquemment la barre des 30 %, culminant à 43,6 % dans le canton de Schwyz, coeur historique du pays. Mais c’est principalement grâce à la Romandie que le parti gagne des sièges à la chambre basse du parlement (sept sur onze). En Suisse allemande, sa progression est très ralentie par rapport à 1999, lorsque l’UDC était d’un coup devenue le premier parti des régions germanophones. « L’UDC est à présent un parti national, pas seulement un parti de la Suisse allemande », s’est félicité M. Blocher à la télévision avant même l’annonce des résultats dimanche soir. Dans une interview à l’hebdomadaire L’Illustré publiée avant les élections, M. Blocher avait estimé que les thèses du parti sur l’immigration pouvaient séduire la Suisse romande: « A Genève, c’est même pire qu’à Zurich, car les Africains francophones préfèrent s’installer là où on parle français », expliquait-il. Pour séduire l’électorat, l’UDC n’a pas hésité pendant la campagne à publier dans la presse une pleine page dénonçant « des requérants d’asile sans gêne, une mafia albanaise brutale » et affirmant que le trafic de drogue était aux mains des « Noirs africains ». « Il est significatif que l’UDC ait osé publier ça dans les journaux romands. Ils n’auraient pas osé en 1999 », estime Karl Grünberg, secrétaire général de SOS Racisme Suisse, qui note l’absence d’une tradition anti-raciste en Suisse alémanique. Selon lui, la Suisse romande a une plus grande tradition d’accueil des travailleurs étrangers dans son tissu associatif et elle a, par rapport à la Suisse allemande, davantage de grandes villes où l’intégration est plus facile. La proportion d’étrangers dans les cantons francophones dépasse en général la moyenne nationale de 20,1%. Les Romands avaient voté majoritairement en 1992 pour l’entrée dans l’Europe, qui avait été rejetée dans les zones germanophones. Pour le député vert genevois David Hiller, l’UDC a su jouer sur l’effet causé par les manifestations violentes contre le sommet du G8 à Evian qui ont secoué Genève en juin dernier, lorsque la Suisse a fait appel à la police allemande pour rétablir le calme. « La population âgée ne reconnaît plus son pays », estime-t-il. « Maintenant, les villes sont moins propres, la population se métisse, certains problèmes apparaissent, comme la violence scolaire, qu’on croyait réservés aux étrangers ».

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