La Troisième voie de Kadhafi

Le fait que le guide de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste – c’est son nom officiel – ait demandé l’équivalent de 9 millions de dollars en guise de réparation à ce qu’il a considéré comme une atteinte à sa personne provoque chez l’analyste l’envie de se pencher sur la vision médiatique du leader libyen.
La dernière actualité médiatique du pays est que tous les efforts de son fils Saïf Al-Islam Kadhafi pour le positionnement d’un groupe médiatique audiovisuel moderne disposant d’une relative marge de liberté ont été neutralisés le 27 avril dernier. Pour rappel, Saïf Al-Islam a multiplié ces dernières années les tentatives de faire sortir la Libye du carcan idéologique obsolète dans lequel son père s’obstine à la maintenir. C’est pour cette raison qu’il a créé une sorte de réseau d’action parallèle à l’appareil de l’Etat libyen incapable de faire avancer le pays à cause de sa panne structurelle et humaine. Parmi ces initiatives figure le groupe médiatique «Al Ghad» qui compte notamment une chaîne de télévision satellitaire (La Libyenne). Présente sur le satellite Nile SAT, cette chaîne était l’unique produit libyen capable de résister – un peu – au zapping.
Mais, fin avril, le guide libyen se réveille un beau matin et se dirige vers les locaux de ladite chaîne de télévision et annonce à l’ensemble du personnel que leur entreprise vient d’être nationalisée et qu’elle intègre le groupe de la télévision publique. Le lendemain, La Libyenne avait basculé dans le giron des gardiens du temple de l’idéologie de «la Troisième voie».
Il est à signaler, pour ceux qui ne connaissent pas le système politique libyen – que la Jamahiriya a pour texte fondateur un livre écrit par le guide libyen et qui s’intitule « Le Livre vert». Le colonel y trace les contours d’une théorie politique qu’il qualifie de troisième voie. Dans un chapitre dédié à la presse, le guide libyen estime que «la presse est un moyen d’expression de la société, et non le moyen d’expression d’une personne physique ou morale. Logiquement et démocratiquement, elle ne peut donc être la propriété ni de l’une, ni de l’autre». La presse diversifiée qui constitue l’un des principes fondamentaux du pluralisme n’est pas la bienvenue en Libye. Selon le guide, «La presse démocratique est celle que publie un comité populaire composé de toutes les catégories sociales, c’est-à-dire d’associations d’ouvriers, de travailleurs, de fonctionnaires, d’artisans, etc. Dans ce cas et dans ce cas seulement, la presse ou tout autre moyen d’information est l’expression de la société toute entière et reflète sa conception générale; elle sera alors une presse démocratique». 
Devant une telle vision de la démocratie et de la presse, on comprend mieux pourquoi le guide de la révolution libyenne a intenté un procès aux trois quotidiens marocains. Mais le problème n’est plus là. C’est le fait qu’il ait gagné, lui, dans un pays  qui se dit attaché à la démocratie et à la liberté d’expression qui pose un vrai problème.

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