L’Afghanistan planche sur sa constitution

Dans le cadre de la reconstruction du pays, actuellement dirigé par une administration provisoire mise en place sous l’égide des Etats-Unis, la population afghane doit opter pour l’instauration d’un système présidentiel ou d’une démocratie parlementaire, voire pour un retour à la monarchie. Autre question cruciale : les pouvoirs qui seront attribués au gouvernement central. Ce dernier ferraille actuellement contre les chefs de guerre et les gouverneurs locaux refusant de renoncer au contrôle des recettes fiscales et des forces armées. Le gouvernement du président Hamid Karzaï accuse les milices personnelles de ces potentats locaux d’entretenir l’insécurité dans le pays. Analystes et diplomates estiment que le processus constitutionnel est mené à la va-vite et que les consultations populaires menées pour prendre en compte les doléances des Afghans sur cette question sont superficielles. « Cela ne concerne qu’un très petit nombre de personnes et ne donne pas l’impression aux gens qu’ils ont effectivement été consultés », déclare Aziz Huq, consultant du groupe de réflexion International Crisis Group, interrogé au téléphone par Reuters.
Récemment rentré d’Afghanistan, il a déclaré de Londres que les organisations internationales présentes dans le pays avaient perdu un temps précieux qui aurait pu être mis à profit pour faire comprendre aux gens l’importance de ce processus. Depuis 24 ans, l’Afghanistan a connu successivement l’occupation soviétique, la guerre civile, un régime islamique intégriste – sous les taliban – et un gouvernement provisoire soutenu par les Etats-Unis. Beaucoup d’observateurs considèrent que le pays a encore du chemin à faire pour que les notions de démocratie et d’égalité y prennent racine. Des responsables se montrent optimistes quant à l’élaboration d’un projet de constitution dans le délai imparti, à savoir d’ici à la fin octobre. « Des équipes de la commission constitutionnelle ont quitté aujourd’hui Kaboul pour se rendre dans trois régions? dans l’Est, le Sud et à Bamiyan », a expliqué Farouk Wardak, un porte-parole de la commission. Deux équipes en partance pour le nord du pays ont reporté leur départ à jeudi faute d’avions, et trois autres doivent se mettre en route le 20 juin. Wardak a annoncé que le processus de consultation durerait 50 jours et s’achèverait le 31 juillet, soit un mois plus tard de la date fixée en mars. A l’origine, le calendrier donnait à la commission deux mois – juillet et août – pour synthétiser sous forme de rapport les résultats de la consultation. Un projet a déjà été rédigé par une commission ad hoc présidée par le vice-président afghan Nematullah Chahrani, mais il n’a pas été rendu public. Le processus constitutionnel culminera avec la réunion d’une Loya Jirga (grande assemblée) prévue en octobre.

Mike Collett-White (Reuters)

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