L’armée israélienne sur la sellette

L’affaire, qui remonte à vendredi, fait depuis la « une » des journaux de la radio et de la télévision et celle de la presse dominicale. Elle a accentué le clivage entre la gauche, qui crie au scandale, et la droite qui a pris fait et cause pour les militaires qui ont ouvert le feu. L’armée soutient que les militaires, se croyant menacés, ont ouvert le feu après les sommations d’usage. Elle a immédiatement annoncé la mise en place d’une commission d’enquête. Gil Naamati, le militant pacifiste du mouvement les « anarchistes contre le mur », grièvement blessé à la jambe par les tirs des militaires, venait d’achever son service militaire. Il voulait dénoncer les méfaits de la poursuite de l’occupation des territoires, a déclaré son père, Ouri, du kibboutz Réim (sud), à la télévision publique. Admis dans le coma à l’hôpital Bellinson, proche de Tel-Aviv, après avoir perdu beaucoup de sang, il était vendredi entre la vie et la mort. Son état s’est stabilisé depuis. « Avant d’ouvrir le feu, les militaires nous ont lancé des pierres. Nous leur avons crié que nous étions des Israéliens. Ils ont pointé leur arme sur nous. Je ne pouvais croire qu’ils ouvriraient le feu à balles réelles », a déclaré à l’AFP Ori Allon, l’un de ses camarades. Tal Cohen, photographe du quotidien “Yédiot Aharonot”, qui se trouvait au moment des faits du côté des militaires, est formel: « Ils savaient qu’ils avaient à faire à des Israéliens. Je le leur avait dit », a-t-il déclaré à la radio. « Ceux qui portent atteinte à la clôture de sécurité collaborent avec le terrorisme et ouvrent la voie aux kamikazes qui frapperont parmi nous », a déclaré le ministre sans portefeuille Uzi Landau, du Likoud (droite). « Il faut tenir compte du fait que les manifestants, qui se définissent eux-mêmes comme des anarchistes, étaient venus faire de la provocation dans un secteur décrétée zone militaire fermée » a déclaré le vice-ministre de la Défense, Zeev Boïm (Likoud) à la radio. « Tout pays aurait défendu ses frontières et ses installations militaires. Il serait bon que les citoyens se souviennent que le droit de manifester ne leur donne pas le droit de détruire des installations militaires », a renchéri de son côté le député Youval Steiniz (Likoud), président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset (Parlement) qui doit examiner l’affaire. A gauche, on relève avec force que l’armée n’a jamais ouvert le feu sur des colons qui refusaient d’évacuer une implantation illégale et on exige que l’enquête soit retirée des mains de l’armée et confiée à une commission indépendante. Plusieurs députés, dont Shimon Peres, chef de l’opposition travailliste, ont fait des déclarations en ce sens. Le député Avshalom Vilan, du Meretz, a exigé que l’armée « dévoile le nom de l’officier qui a donné l’ordre illégal d’ouvrir le feu contre des manifestants » afin qu’il soit poursuivi. La droite prépare le terrain « au prochain assassinat politique » a déclaré le député travailliste Matan Vilnaï, général du cadre de réserve, faisant allusion à l’assassinat du Premier ministre travailliste, Yitzhak Rabin, par un extrémiste juif de droite en novembre 1995. « Mais ne nous leurrons pas », écrit le “Yédiot Aharonot” dans un éditorial. « Les esprits s’échauffent uniquement parce qu’un Israélien a été grièvement blessé. S’il avait été question d’un Palestinien, l’affaire n’aurait sans doute pas même fait l’objet d’une ligne dans le journal ».

Jacques Pinto (AFP)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *