«Le degré le plus faible de la foi»

Avec la fin des élections régionales, il est clair que le Parti de la Justice et du Développement (PJD) a perdu la bataille des communales. Sa stratégie pour conquérir les communes et pouvoir ainsi redresser la tête après son revers aux législatives («Comment le PJD compte prendre sa revanche en 2009, voir ALM n° 1582 du 11 janvier 2008») n’a pas marché. Bilan: aucune mairie de grande ville et aucune présidence de région.
Ses stratèges devraient donc en tirer les conséquences. Le minimum serait de reconnaître leurs erreurs. Ce serait «le degré le plus faible de la foi». Mais, le sens de la responsabilité, lui, exige une démission collective de ceux qui ont été derrière la stratégie du «message de l’escalade». Pour rappel, et «le rappel profite aux croyants», les auteurs de cette stratégie ont convaincu la coupole dirigeante du parti et les militants initiés que le fait d’écarter Saâd Eddine Othmani et Lahcen Daoudi de la gestion immédiate et réelle de la formation aurait un double impact : signifier à l’Etat que le parti peut radicaliser son discours quand il veut ; et, parallèlement, profiter électoralement du discours populiste d’Abdelilah Benkirane, nommé secrétaire général, et du député Mustapha Ramid, réhabilité en tant que chef du groupe parlementaire.
Tout cela n’a pas marché. D’abord, les deux manières de tenir un discours islamiste au Maroc – celle de Othmani et celle de Benkirane – ne peuvent pas aller au-delà de ce que le parti a obtenu jusqu’à maintenant. Le premier est un discours partisan qui ressemble à tous les autres tout en voulant se distinguer par une prétendue valeur ajoutée : «l’honnêteté des candidats». Ce qui a marché en 2002, en 2003 et qui s’est essoufflé en 2007 avant de s’écrouler complètement suite à l’éclatement des scandales de Meknès et de Skhirat. Le deuxième discours est entièrement dépassé. L’élan pris par le pays en dix ans est tellement rapide que le populisme n’est plus aussi rentable, électoralement, qu’auparavant.
L’autre raison pour laquelle les stratèges du PJD ont échoué est qu’ils ont oublié de tenir compte du proverbe marocain qui dit : «celui qui compte seul sort toujours gagnant». Car, ils ont tout prévu sauf l’apparition sur la scène politique d’une nouvelle formation tenant un discours tellement nouveau et parfois même surprenant qu’il a fini par déstabiliser l’ensemble du champ partisan sauf ceux qui étaient assez vieux et matures pour savoir naviguer et manœuvrer à temps et éviter d’être balayés par la tempête. Le PJD, lui, faute de maturité, a essuyé deux échecs électoraux successifs.

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