Le destin d’une initiative

L’initiative saoudienne pour la paix au Proche-Orient, née de l’idée d’un journaliste et nourrie des espoirs secrets de paix d’un Prince Saoudien, a suivi un itinéraire peu banal.
L’initiative, qui doit être présentée au sommet arabe de Beyrouth des 27 et 28 mars, propose la normalisation des relations des pays arabes avec Israïl en échange d’un retrait israélien total des territoires occupés. L’idée n’est pas nouvelle, mais sous l’impulsion conjointe d’une importante campagne médiatique et de la puissante influence saoudienne dans la région, sur fond de violences israélo-palestiniennes incessantes depuis près de 18 mois d’Intifada, elle a cette fois pu prendre corps.
Cette nouvelle proposition de paix au Proche Orient est apparue le 6 février, dans les colonnes du New York times, sous la plume du commentateur Thomas Friedman, un spécialiste du moyen-orient.
Dans une lettre ouverte imaginaire adressée par le président américain George W. Bush à ses « chers amis » dirigeants Arabes, M. Friedman affirmait qu’il était temps qu’ils trouvent eux-mêmes une solution pour mettre fin à l’engrenage des violences plutôt que de compter sur une aide américaine. Le « conseil de M. Bush », suggéré par le journaliste : les 22 membres de la Ligue arabe devraient proposer à Israël l’établissement de relations diplomatiques et des garanties sur le commerce et la sécurité, en échange d’un retrait israélien de tous les territoires occupés lors de la guerre des six jours en juin 1967.
La proposition reste sans suite jusqu’à la visite de M. Friedman en Arabie Saoudite. au cours d’un dîner, il aborde le sujet avec le prince héritier Abdallah Ben Abdel Aziz, qui dirige le pays en raison de l’état de santé du Roi Fahd. « Avez-vous fouillé mon bureau? », lui aurait demandé le prince avec un étonnement feint, selon Friedman. « La raison pour laquelle je vous pose cette question, c’est que c’est exactement l’idée que j’avais à l’esprit », a-t-il poursuivi. Selon les propos du Prince Abdallah au journaliste, il avait justement prévu de présenter un tel plan au sommet de Beyrouth mais s’était finalement ravisé quand le premier ministre Israélien Ariel Sharon avait « porté les actes de violence et d’oppression (dans les territoires palestiniens) à un niveau sans précédent ».
« Le discours est écrit et il est toujours dans mon bureau », aurait-il dit. M. Friedman n’en reste pas là. Le 17 février, il publie sa conversation avec le Prince. L’article fait le tour du monde et un nouvel espoir de paix renaît.
Ce n’est pas la première fois que les médias américains jouent un rôle majeur dans le processus de paix au Proche-Orient.
En 1977, le président égyptien Anouar Al-Sadate avait paché qu’il était prêt à se rendre à Jérusalem pour défendre la cause de la paix, lors d’une interview simultanée avec le présentateur vedette de télévision Walter Cronkite.
L’offre du président égyptien et son acceptation par le premier ministre israélien Menahem Begin sont scellées par le journaliste lors d’une interview en simultané avec les deux hommes le 14 novembre 1977. M. Sadate fait le voyage. L’année suivante, les accords de paix israélo-égyptiens de camp David sont signés.
En parrainant une initiative de paix entre les pays arabes et Israël, le Prince Abdallah suit les traces son demi-frère, le Roi Fahd, qui avait fait la même proposition en 1982, année où il était monté sur le trône saoudien.
Mais en 1976, Hollywood les avait déjà « grillés » dans « meurtre pour un seul homme », un film présentant Sean Connery comme un fringant ambassadeur Saoudien qui bouleverse le monde arabe avec une initiative audacieuse pour une réconciliation avec Israël.
Nul ne peut prédire ce que l’avenir réserve à la proposition saoudienne mais pour la première fois, les Etats Arabes auront évoqué explicitement des relations diplomatiques pleines et enntières avec Israïl.

• Peter Mackler (AFP)

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