«Le jour de la conquête»

«Le jour de la conquête»

En octobre 1991, le campus universitaire de Fès se réveillait un jour sous les bruits de cris stridents émanant du pavillon des filles de la cité universitaire. Quelques minutes après, ces voix se mêlèrent à d’autres émanant, cette fois, du pavillon des garçons. Au bout de quelques minutes, on n’entendait plus que des cris qui fusaient de partout.
C’était ainsi qu’avait commencé l’une des journées les plus célèbres dans l’histoire de ce campus universitaire. Une journée que «le génie» islamiste, à l’époque, avait appelé «Yaoum al Fath» (le jour de la conquête). Cela avait commencé vers six heures du matin, à un moment où la majorité des étudiants, qui résident à la cité universitaire, ne s’étaient pas encore réveillés. Des centaines d’islamistes armés jusqu’aux dents débarquaient d’autocars venant de différentes villes du Royaume, se mettaient en position de guerre à la manière des anciens films racontant les débuts de l’Islam et se lançaient à la chasse des étudiants gauchistes. Devant le Parlement, le ministre de l’Intérieur, de l’époque, feu Driss Basri, avait indiqué que ces gens étaient menés de croquis des différents pavillons de la cité universitaire où étaient marqués les dortoirs et les positions précises des lits où dormaient certains étudiants de la gauche basiste. Les instructions qu’ils avaient reçues, étaient d’exécuter leurs dirigeants. Parmi ces islamistes, il y avait de tout : des étudiants, des artisans, beaucoup de bouchers, des contrebandiers, des repris de justice, etc. Le jour de la conquête ne s’était pas terminé par une victoire des envahisseurs. Les basistes, qui étaient majoritaires au campus de Fès considéré, à l’époque, et à juste titre, comme le dernier rempart des gauchistes après l’invasion de tous les campus par les islamistes, avaient rapidement pu rassembler leurs troupes pour faire face aux envahisseurs. Au bout de deux heures du début de l’attaque, le campus était le champ de bataille d’une guerre assez particulière où il y avait trois adversaires chacun cherchant à neutraliser les deux autres. Il y avait les islamistes, les gauchistes et, bien sûr, les forces de l’ordre qui voulaient mettre fin au massacre et rétablir l’ordre public. Evidemment, c’est la police qui avait remporté la bataille puisqu’elle a pu mettre la main sur des membres dangereusement actifs des deux camps.
Cette histoire, vieille de dix-huit ans, devrait rappeler à certains dirigeants islamistes qui «s’indignent» aujourd’hui devant ce qu’ils appellent le «terrorisme basiste» que l’introduction de la culture du «sabre» à l’université a été faite par les islamistes. Les gauchistes, à l’époque, ne connaissaient que le jet de pierres comme mode de protestation. Ce sont les islamistes qui les ont sortis de l’âge de pierre et les ont initiés à l’arme métallique.
Au lieu de "s’indigner", ces dirigeants islamistes devraient participer à travers leurs mouvements et les groupuscules qui leur sont affiliés, à y cultiver la tolérance et à privilégier le débat à la violence.

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