Le plan Abdallah et le consensus arabe

Il reste moins d’un mois aux Arabes pour se mettre d’accord sur le contenu de la proposition de paix du prince héritier saoudien Abdallah qui compte la leur soumettre au sommet arabe fin mars à Beyrouth.
Jusqu’à présent, le prince Abdallah n’a pas informé directement les dirigeants arabes de son initiative portant sur une normalisation complète des relations de l’ensemble des pays arabes avec Israël en échange d’un retrait israélien de tous les territoires arabes occupés en 1967.
Le prince héritier, qui dirige de facto le royaume saoudien depuis 1995 en raison de la maladie du roi Fahd, a fait étalage de cette proposition dans les colonnes du New York Times le 17 février, sans la développer dans ses détails et laissant plusieurs questions du conflit en suspens.
Mercredi, il a affirmé au Haut représentant de l’Union européenne pour les relations extérieures, Javier Solana, qu’il comptait présenter cette initiative à l’approbation du sommet arabe qui se tient les 27 et 28 mars à Beyrouth.
Selon la presse libanaise, l’offre saoudienne se borne, sans entrer dans le détail, à réclamer l’application de la résolution 242 de l’ONU et du principe de «l’échange de la paix contre les territoires occupés par Israël depuis 1967», entériné à la conférence de paix de Madrid en 1991.
Mais l’initiative va plus loin puisque son promoteur parle d’une normalisation complète des relations de l’ensemble des pays arabes avec Israël.
Un élément qu’a souligné le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine. «Jusqu’à maintenant, un certain nombre de négociations ont échoué parce les Israéliens ne pouvaient jamais être sûrs de l’attitude du monde arabe sur Jérusalem après un éventuel accord», a-t-il dit.
La proposition du prince Abdallah a été bien accueillie aussi par Washington, qui a jugé qu’elle allait dans le bon sens. Elle a aussi recueilli l’intérêt d’Israël. Côté arabe, un grand nombre de pays, notamment les monarchies du golfe, ainsi que la Jordanie, l’Egypte et les palestiniens ont favorablement accueilli cette offre.
La Syrie, un pays clé du Proche-Orient et qui exerce au Liban une influence dominante, n’y a cependant pas encore réagi. selon des sources diplomatiques, l’attitude de damas peut cacher aussi bien une élémentaire prudence tactique qu’un grand mécontentement de ne pas avoir été consulté au préalable.
La démarche saoudienne laisse pour le moment en suspens la question fondamentale de la diaspora palestinienne, notamment des plus de 2 millions de palestiniens réfugiés dans les trois pays limitrophes -Jordanie, Syrie, Liban-, et de leur droit ou non au retour dans leur patrie d’origine.
La Syrie comme le Liban ont jusqu’à présent refusé l’idée que les 700.000 palestiniens vivant chez eux s’y installent définitivement.
Côté israélien, on peut craindre aussi que des questions aussi sensibles que celle de Jérusalem, voire le statut des colonies israéliennes dans les territoires occupés, ne constituent autant de blocages.
A lire le quotidien saoudien Al-Watan, qui reflète les vues du pouvoir, l’Arabie Saoudite semble en tous cas convaincue que les espoirs de paix seraient nuls tant qu’Ariel Sharon sera Premier ministre. Pour l’influent journal de Beyrouth, An-Nahar, si le prince Abdallah a malgré tout confirmé mercredi à M. Solana qu’il présenterait son offre aux arabes, c’est que ce plan «n’a pas pour but de mettre un terme aux événements de Cisjordanie et de Ghaza». L’objectif, selon An-Nahar, est «de corriger les relations arabo-américaines après le 11 septembre et d’ouvrir un dialogue avec les Etats-Unis, de telle sorte que l’on puisse relancer des négociations de paix au Proche-Orient sous le parrainage des Etats-Unis et avec l’approbation de l’Europe».

• Pascal Mallet (AFP)

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