Le pouvoir de Souha Arafat

La visite à Paris de quatre dirigeants palestiniens, dont le Premier ministre, Ahmad Qoreï, avait été repoussée de plusieurs heures lundi, Mme Arafat les accusant de vouloir « enterrer vivant » son époux. C’est elle, et non la déléguée générale de Palestine à Paris, Leïla Chahid, qui gère ou tente de gérer les visites que reçoit M. Arafat, hospitalisé à l’hôpital militaire Percy de Clamart (Hauts-de-Seine) depuis onze jours dans un état extrêmement grave. Elle organise aussi la communication sur l’état de santé de Yasser Arafat.
En France, le secret médical, fixé par l’article 226-13 du code pénal, lui confère ce privilège. L’état de santé de M. Arafat « s’est aggravé dans la nuit » de lundi à mardi et « l’état comateux qui avait motivé son admission en service de réanimation est (…) devenu plus profond », a indiqué, mardi matin, le Service de Santé des Armées françaises. Mais Mme Arafat est aussi accusée, à mots couverts, de vouloir préparer « en cachette » la succession financière de M. Arafat qui, selon le magazine américain «Forbes», disposerait de 300 millions de dollars, une allégation toujours rejetée par les dirigeants palestiniens. Fille d’une amie d’Arafat, la journaliste et écrivain Raymonda Tawill, Mme Arafat, influente journaliste palestinienne issue d’une riche famille de Ramallah (Cisjordanie) et qui a longtemps vécu à Paris, avait discrètement épousé en 1990 le dirigeant emblématique de la cause palestinienne. Ils s’étaient connus lors d’une visite de M. Arafat en 1989 en France, où elle a étudié. Mais les noces ne furent rendues publiques qu’en 1992. Ils ont eu une fille, Zahwa, en 1995. Mme Arafat n’a pas vécu auprès de son mari lors de ses trois ans et demi de confinement à Ramallah, de décembre 2001 à octobre 2004; mais elle veille jalousement sur lui depuis son arrivée à l’hôpital Percy, le 29 octobre, elle-même installée dans l’établissement militaire. Si elle n’a pu empêcher la venue des dirigeants palestiniens, qui doivent se rendre mardi au chevet de M. Arafat, son rôle sur les conditions de cette visite, embarrassantes pour les autorités françaises, demeure incontournable. « Je pense qu’il est naturel qu’ils puissent rencontrer et saluer Yasser Arafat », a déclaré mardi le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, ajoutant: « Nous comprenons la peine et la pression qui est sur elle en ce moment ».
Le chef du département politique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Farouk Kaddoumi, l’un des seuls dirigeants palestiniens à avoir pu se rendre au chevet de M. Arafat, a été sévère pour Mme Arafat. « Sans doute, les émotions que traverse Mme Souha Arafat lorsqu’elle voit son époux dans un état de santé difficile (…) l’ont poussée à faire de telles déclarations », a-t-il dit, estimant qu’elle pourrait avoir « perdu le contrôle d’elle-même lorsqu’elle a lancé de tels propos ». Un autre membre du comité exécutif de l’OLP, Yasser Abed Rabbo, a aussi accusé Mme Arafat, lundi à Ramallah, de chercher à obtenir « des privilèges personnels » en empêchant les visites à son époux.
« Elle s’abrite derrière la législation française afin d’empêcher quiconque, y compris nos dirigeants, de savoir quel est son état de santé », a-t-il dénoncé. Le Service de santé des Armées françaises avait ainsi assuré, lundi soir, que l’état du du président de l’Autorité palestinienne imposait une « restriction des visites ».

• Jean-Michel Cadiot (AFP)

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