L’Egypte se garde de défier les Etats-Unis

L’Egypte, en décidant de limiter ses contacts avec Israël, tente de contenir la colère grandissante de sa population face à l’offensive israélienne contre les palestiniens, sans toutefois défier son allié américain qui souhaite encourager le rôle modérateur du Caire.
« Le gouvernement égyptien a décidé de suspendre tous les contacts avec Israël à l’exception des canaux diplomatiques servant la cause palestinienne », a annoncé mercredi le ministre de l’Information Safouat El-Chérif.
La décision du gouvernement égyptien, vague et dont les effets concrets sont peu clairs, « tente de calmer l’opinion publique mais ne répond pas à la volonté populaire de rompre les relations avec Israël », estime Ahmed Al-Naggar, chercheur au Centre d’étude stratégique d’Al-Ahram.
Premier pays arabe à avoir signé la paix avec Israël en 1979, l’Egypte n’est jamais allée depuis jusqu’à la rupture avec Israël en dépit des crises israélo-arabes répétées. En 1982, lors de l’invasion israélienne du Liban, l’Egypte avait seulement rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv en signe de protestation. Elle a fait de même en novembre 2000, deux mois après le début de l’Intifada, pour protester contre « l’usage excessif de la force par l’armée israélienne » contre les Palestiniens. La suspension des contacts autres que diplomatiques est « une décision à effet purement médiatique et n’a pas de signification concrète. Elle ne constitue pas un moyen de pression sur Israël », selon M. Naggar.
L’Egypte a été ces derniers jours le théâtre d’imposantes manifestations au cours desquelles des appels ont été lancés à la rupture des relations avec Israël et à l’explusion de l’ambassadeur d’Israël en poste au Caire. Mais, le président égyptien Hosni Moubarak a implicitement exclu mercredi de prendre de telles mesures affirmant qu’il ne prendrait pas de décisions « sur le coup de l’émotion ».
« L’Egypte place les intérêts supérieurs de son peuple au dessus de toute autre considération et prend ses positions (politiques) en fonction de ses intérêts loin de toute émotion », a-t-il affirmé. Selon un analyste proche de la présidence, Ahmed Abdel Halim, le Premier ministre israélien Ariel Sharon cherche à entraîner l’Egypte dans une guerre avec Israël qui l’exposerait à une confrontation directe avec les Etats-Unis. « L’un des principaux objectifs des opérations militaires menées par Sharon actuellement dans les territoires palestiniens est d’entraîner l’Egypte dans une guerre avec Israël, dont elle n’a pas choisi le moment », a averti M. Abdel Halim du Centre des études du Proche-Orient (CEPO).
« La sagesse politique dicte à l’Egypte de ne pas se laisser aller (…) d’autant que des accords stratégiques existent entre Israël et les Etats-Unis en vertu desquels ces derniers s’engagent à intervenir militairement aux côtés d’Israël » en cas de conflit généralisé au Proche-Orient, estime cet ex-général. Deuxième bénéficiaire après Israël de l’aide américaine à l’étranger -environ 2 milliards de dollars par an-, l’Egypte est l’un des principaux alliés des Etats-Unis dans le monde arabe.
Plus grand pays arabe de par son poids démographique -environ 67 millions d’habitants- et son influence culturelle, l’Egypte joue un rôle modérateur important au Proche-Orient.
La Maison-Blanche l’a d’ailleurs rappelé mercredi. Les Etats-Unis « anticipent que l’Egypte maintiendra son engagement au traité de paix égypto-israélien qui demeure le fondement de la stabilité régionale », a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche Ari Fleischer en réaction à la décision égyptienne de limiter ses contacts avec l’Etat juif.

• Mona Salem (AFP)

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