Les Bagdadis se terrent chez eux

Les rues de la capitale, d’habitude si grouillantes, étaient presque vides. Désoeuvrés, des policiers postés aux carrefours devisaient en petits groupes. Seules les voix de quelques dizaines de militants de Baas scandant, armes aux mains, des slogans à la gloire de Saddam Hussein brisaient épisodiquement le lourd silence ambiant. Les vitrines des magasins ont été bloqués par des murs de parpaings. Une poussière grise couvre le ciel, rendant l’atmosphère encore plus lugubre. Les chalands ont déserté les restaurants de poisson au bord du Tigre. Aux croisements de rues, ou devant les bâtiments officiels, des miliciens du Baas ont pris position dans des redoutes en sacs de sable. Dans chaque rue, des familles qui ont attendu jusqu’au dernier moment pour quitter la ville chargent leurs voitures ou montent dans des autobus, des valises et des sacs en plastique à la main. La capitale irakienne qui compte plus de cinq millions d’habitants n’a pas connu l’exode massif de la guerre de 1991 et seuls, ceux qui ont les moyens de trouver refuge dans un pays voisin sont partis.
Entre deux feuilletons égyptiens, la télévision officielle diffusait des images des manifestations de soutien qui se sont déroulées dans les différentes villes à l’appel du Baas. Le président irakien qui s’est assuré du soutien des plus hautes instances de l’Etat a obtenu mercredi l’appui du Parlement contre l’ultimatum américain. En présence de l’écrasante majorité de ses 250 députés, l’instance a voté à l’unanimité à main levée un texte rejetant l’ultimatum et affirmant que «l’Histoire retiendra comment le peuple d’Irak, sous la direction du bâtisseur de sa gloire Saddam Hussein, va infliger une leçon aux vils». Les élus ont également adressé une lettre au chef de l’Etat dans laquelle ils se sont dits prêts à mourir en «martyrs» pour défendre l’Irak. Parlant à la presse à l’issue de cette session extraordinaire, le président du Parlement Saadoun Hammadi a affirmé que Saddam Hussein ne partirait «jamais» d’Irak. «Cela n’arrivera jamais», a insisté M. Hammadi alors que l’ultimatum adressé par le président George W. Bush expire jeudi à 01H00 GMT. «Il est au mieux de sa forme. Il combattra et conduira notre pays à la victoire», a-t-il ajouté. Avant le début de la session, plusieurs députés ont déclamé, dans un tonnerre d’applaudissements, des poèmes à la gloire de Saddam Hussein. «L’Irak est Saddam, et Saddam est l’Irak», «Nous n’abandonnerons pas l’Irak ni Saddam Hussein», scandaient certains élus. L’ultimatum américain avait été rejeté mardi par l’instance suprême du régime, le Conseil de commandement de la révolution (CCR) et par la direction du parti Baas au pouvoir, lors d’une réunion présidée par Saddam Hussein. Interrogé lors d’une conférence de presse mardi soir sur l’état d’esprit du président à quelques heures de l’expiration de l’ultimatum, le chef de la diplomatie Naji Sabri a affirmé qu’il était confiant en la victoire si la guerre devait éclater. «Il est calme et sûr de défaire cette agression maléfique contre l’Irak, grâce à sa profonde croyance en Dieu et en la justesse de notre cause», a-t-il ajouté. Le ministre irakien de l’Information Mohammed Saïd Al-Sahhaf a averti les Etats-Unis qu’ils envoyaient leurs soldats à une «mort certaine en Irak». «Ils mentent à leurs soldats et à leurs officiers en leur disant qu’une agression contre l’Irak serait un pique-nique (..)», a estimé M. Sahhaf.

Ezzedine Saïd (AFP)

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