Les bédouins trahis par Israël

Beaucoup de bédouins, qui se targuent d’une loyauté sans faille à l’égard de Israël, se sentent trahis par l’Etat hébreu après l’arrestation de l’un des leurs, accusé d’espionnage pour le compte du Hezbollah.
La localité bédouine de Beït Zarzir, juchée sur une colline près de Nazareth (Nord d’Israël), est en émoi depuis l’arrestation le mois dernier d’un des plus décorés de ses fils dans l’armée israélienne, inculpé d’avoir livré des secrets militaires au Hezbollah Chiîte libanais en échange de drogue et d’argent. Le lieutenant-colonel Omar El Heib, chef des unités d’éclaireurs à la frontière nord, qui a perdu un oeil et a été partiellement paralysé par une bombe du Hezbollah au Liban en 1996, a plaidé non coupable. Mais le scandale qu’a provoqué l’une des plus sérieuses affaires d’espionnage dans l’histoire d’Israël a laissé chez beaucoup d’habitants de la localité de 7.000 habitants, dont 2.000 font partie de la tribu d’El Heib, le sentiment d’avoir été trahis.
« Nous avons été aux côtés du peuple juif depuis la création d’Israël, nous sommes des frères de sang », dit le frère du lieutenant-colonel, Moustafa, 49 ans. « Nous ne pensons pas qu’il ait espionné pour le compte de quiconque, surtout pas le Hezbollah ».
Les bédouins constituent environ 10 % de la population arabe d’Israël, ce qui en fait une minorité au sein de la minorité. Ils sont estimés à quelque 200.000 personnes, vivant pour la plupart dans le désert du Néguev (Sud), alors que 30.000 environ sont installés en galilée, dans le nord. Ils servent dans l’armée, contrairement à la majorité des autres arabes israéliens. Le clan des El Heib, un des plus importants en Israël, a combattu aux côtés des juifs avant même la création de l’Etat hébreu, au point que le Palmach (milice juive d’élite) a nommé une de ses brigadees pal-Heib. Depuis, 129 bédouins ont été tués en servant dans l’armée, dont 36 du clan des El Heib. « Nous nous sommes toujours portés volontaires pour l’armée parce que nous pensons que chaque citoyen doit donner quelque chose au pays dans lequel il vit », dit Ali El Heib, 30 ans, professeur d’histoire à l’unique école secondaire de Beit Zarzir.
« Au moins 80 % des fils du village ont servi dans l’armée, et la moitié environ sont ou ont été des soldats professionnels. Mais nous ne jouissons pas de l’égalité que nous souhaitons », ajoute-t-il.
Banna Shugri-Badarne, une avocate israélienne et activiste des droits de l’Homme, qui travaille avec l’association pour les droits civils en Israël, affirme que les bédouins, bien qu’ils effectuent leur service militaire, continent à subir « une discrimination dans tous les domaines ».
« Ils ont le taux le plus bas d’instruction, d’accès aux services de santé et de ressources politiques, et le taux le plus élevé de chômage », dit-elle. Les bédouins ont peut-être appris à vivre avec la pauvreté et la discrimination, mais le fait que tant d’Israéliens aient accepté sans les remettre en question les accusations d’espionnage contre omar El Heib qui les ont le plus blessés. « Quand la police est venue pour prendre les voitures (de l’un des suspects), ils sont arrivés dans un convoi de plus de 50 véhicules et l’un d’eux a même tiré en l’air », a ajouté Ali. « Ils nous traitent comme si on était des palestiniens! ». Les jeunes sont les plus amers. Au cours des deux dernières années, Omar El Heib tentait activement de recruter des jeunes pour l’armée, mais depuis son arrestation, leur nombre a diminué, dit Ali. Certains pensent que cet épisode va contribuer à aliéner encore plus la communauté bédouine, la poussant dans les bras des islamistes, comme le mouvement islamique qui a offert à la famille d’Omar El Heib deux millions de Shekels (420.000 dollars) pour couvrir ses frais de défense, ce qu’elle a refusé.
« sur le plan politique, cela va nous rapprocher d’eux, même s’ils nous détestent parce que nous servons dans l’armée », dit Ahmad El Heib, un autre membre du clan âgé de 27 ans, qui souligne que « les bédouins ne sont pas des traîtres ».

• Hazel Ward (AFP)

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