Les criquets attaquent le Souss

Les multiples sonnettes d’alarmes tirées n’y ont rien fait. La menace acridienne est, malheureusement, devenue une réalité lourde de conséquences.
Actuellement, et de manière imprévue, la région du Souss Massa Draâ y fait face. Depuis la nuit du 23 octobre, les premières vagues de criquets pèlerins ont déjà envahies la région. Plus de 18.000H sont concernés. Selon les spécialistes, les criquets quittent actuellement le Sahel pour se diriger vers le Maghreb et la partie nord-ouest de la Libye. Les dernières chaleurs y étaient plus favorables. Sur le terrain, la mobilisation est générale. « Nous assistons à une forte mobilisation de tous les habitants de la région. La population locale fédère ses efforts pour faire face à ce fléau. Pour nous les producteurs agricoles, nous nous sommes organisés en groupes multiples. Le traitement des surfaces est ainsi plus optimal », explique Bouhdoud Boudlale, vice-président de la région du Souss Massa Draâ et opérateur agricole.
Toutefois, le responsable appelle à doubler les efforts afin que cette catastrophe n’ait que des dégâts limités. C’est pourquoi, la lutte est plutôt à mener au niveau national. La population locale est appelée aussi à participer massivement aux repérages et à signaler systématiquement les zones infectées.
Sur le terrain, les opérateurs sont plutôt satisfaits du travail de l’office de la mise en valeur agricole du Souss Massa Draâ. Des quantités de produits ont été mis, gratuitement, à la disposition de la population. La fédération des énergies ainsi que du matériel est plutôt optimale. Mieux, l’insecticide autorisé «DECIS» ne laisse pas de résidus. Les lieux de production n’en seront que mieux préservés.
Toutefois, selon les experts de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’urgence d’une action d’envergure se fait, cette fois-ci, de plus en plus pressante. « La préparation d’une campagne antiacridienne juste au sud des monts Atlas pour le printemps et l’été prochains doit démarrer. À partir de février 2005, l’agriculture en Algérie, en Libye et en Tunisie sera en danger sur une échelle bien plus grande qu’en 2004 », a indiqué Saïd Ghaout, directeur du Centre national de lutte antiacridienne marocain, basé à Agadir, lors d’une rencontre avec la presse. À en croire le responsable, ce danger ne se posera pas uniquement en termes de destruction des récoltes mais aussi « en termes d’impact social ». Et pour cause : « Des villages entiers risquent de gagner la ville pour chercher du travail. Et s’il n’y en a pas, il y a un risque pour la stabilité et la sécurité des pays concernés », a-t-il dit. Toujours selon le même responsable, une première vague de criquets pèlerins avait été stoppée près de l’oued Draâ, au sud du Maroc, et dans les régions de Tamanrasset et Tindouf, dans le Sahara algérien.
D’autres essaims ont été, selon lui, repérés dans la région de Tlemcen, près de la frontière algéro-marocaine, et des recherches sont en cours pour vérifier que des essaims repérés en mer ne se dirigeaient pas vers la Casamance (sud du Sénégal) ou la Gambie. Le plus grave, c’est qu’il ne s’agit que « d’une première vague » et le flot continue.
Le criquet est un insecte qui dévore tout: feuilles, tiges, fruits ou fleurs… Fort de deux ailes membraneuses et de deux puissantes mâchoires, le criquet se présente en plus 120.000 espèces, dont 500 environ peuvent provoquer des dégâts à l’agriculture, une vingtaine d’autres sont des ravageurs féroces. Grâce à sa capacité de mobilisation, le criquet représente une menace non négligeable pour l’agriculture. Les criquets sont également dangereux car ils se multiplient très rapidement. La moindre amélioration de leur environnement augmente leurs capacités de reproduction. C’est le cas, lorsque sous l’effet des pluies, la végétation se développe, favorisant la reproduction de l’insecte et la diminution de sa mortalité. La pullulation du criquet se renforce à l’occasion de l’arrivée de criquets ailés, dits «allochtones» (venus d’ailleurs). Il s’agit de migrants qui se rassemblent sur un site qui leur est favorable pour pondre une descendance à la fois nombreuse et dévastatrice. Certaines espèces se regroupent en forte densité. On dit alors qu’elles deviennent grégaires.

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