Les koweitiens pas encore prêts

Le gouvernement koweitien a fait de petits pas vers l’amorce d’une réconciliation avec l’Irak, l’ancien occupant de l’Emirat, mais l’opinion publique koweitienne n’est pas encore prête à enterrer la hache de guerre.
Un arrangement convenu la semaine dernière, sous les auspices de la Ligue Arabe entre le Koweït et l’Irak, a pris la population par surprise et beaucoup de Koweïtiens expriment leur scepticisme et leur méfiance à l’égard de l’Irak. « Nous ne sommes pas prêts à des relations avec l’Irak », estime Soulafa Al-Yassine, ingénieur chimique. « Mais s’ils libèrent les prisonniers de guerre, nous pourrons croire à une reprise des relations », souligne-t-elle. « Nous avons tellement souffert durant l’occupation. Nous ne sommes pas contre le peuple irakien, qui est lui-même prisonnier de son propre régime », ajoute-t-elle.Pour Soulafa, la trentaine, les garanties données par l’Irak lors du Sommet arabe de Beyrouth des 27 et 28 mars ne sont pas suffisantes. Un texte de compromis, basé sur les documents présentés par chacun des deux pays, stipule notamment que « l’Irak respecte l’indépendance, la souveraineté et la sécurité du Koweït » qu’il avait envahi et occupé d’août 1990 à février 1991.
Si l’Irak « appliquait les résolutions de l’ONU, nous pourrions avoir des relations (…). Nous ne pouvons pas oublier ce qui s’est passé », poursuit Soulafa. « Nous ne savons pas réellement ce qui se passe dans les coulisses, mais tout le monde a le sentiment que cela prendra du temps », poursuit-elle sur un ton de scepticisme, partagé par plusieurs autres Koweïtiens. Un rédacteur en chef d’un journal koweïtien a confié qu’il recevait, depuis la fin du Sommet arabe, six à sept appels téléphoniques par jour de lecteurs exprimant leur colère et leur ferme opposition à une normalisation avec l’Irak.
« Les gens sont frustrés, ils estiment qu’ils ne peuvent pas faire confiance au régime irakien », dit-il sous couvert d’anonymat. « Ce n’est pas le bon moment » pour un rapprochement, ajoute-t-il indiquant que le régime de Saddam Hussein « n’inspire pas confiance en dépit de tout ce qu’il peut signer » avec le gouvernement koweïtien. Le chef de la diplomatie koweïtienne, Cheikh Sabah Al-Ahmad Al-Sabah, a récemment affirmé à la presse que les médias officiels adopteraient un ton différent à l’égard de l’Irak. « Nous espérons que l’Irak en fera de même », a-t-il ajouté. Concernant les médias privés, Cheikh Sabah a souligné qu’ils étaient libres de choisir le ton à adopter soulignant néanmoins que le gouvernement espérait qu’ils l' »atténueront (…) en attendant de voir comment évoluera la situation ». « Je ne veux même pas entendre parler de relations avec l’Irak », déclare pour sa part Salwa Issa, 30 ans, dont le beau-frère figure sur la liste des personnes portées disparues ou faites prisonnières en Irak depuis la guerre du Golfe. « Peu importe pour moi ce qui se passe au niveau gouvernemental.
En revanche, je serais très heureuse si les prisonniers étaient libérés », indique Salwa. « Mais je ne pourrai jamais, au grand jamais, faire confiance à l’Irak », ajoute-t-elle. Le koweït estime à 605 le nombre des personnes, de nationalité koweïtienne ou autres, portées disparues ou faites prisonnières en Irak. Ce pays avait admis avoir fait des prisonniers mais déclaré avoir perdu leur trace après la guerre et affirme que 1.142 de ses ressortissants sont toujours portés disparus depuis 1991. « Je ne pense pas que nous pourrions traiter avec l’Irak », indique Hussein Al-Samhan, un officier de la défense civile de 39 ans. « Même s’ils libèrent les prisonniers, je ne leur ferai pas confiance », ajoute-t-il.

• Fiona Macdonald (AFP)

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