Les sondages minent le camp Bush

« Je ne sais pas du tout où cela va finir mais les chiffres devraient bouger de cinq ou six points vers le bas ou vers le haut, en fonction des événements », a estimé le stratège de sa campagne, Matthew Dowd, dans un entretien publié mardi par le Washington Times, un journal conservateur. « Si le taux des personnes satisfaites de son action passe au-dessus de 50 points, il sera difficile de perdre. S’il se rapproche de 40, il sera difficile de gagner, c’est un fait », a-t-il ajouté.
Plusieurs enquêtes d’opinion ont donné ces derniers jours la cote de popularité du président variant entre 42 et 49 points, au plus bas depuis son entrée en fonction en janvier 2001. La chute est intervenue après la révélation des sévices infligés à des prisonniers irakiens par des soldats américains.
« Nous nous préparons pour une élection très serrée en novembre. Je l’ai dit quand les chiffres étaient bons, je le dis quand ils sont mauvais et je le redirai quand ils seront bons à nouveau », a déclaré de son côté le président du Parti républicain Ed Gillepsie dans un entretien accordé à CNN lundi. Il a toutefois concédé que « tout le monde préfère être en hausse plutôt qu’en baisse ». Les sondages donnent George W. Bush et son adversaire démocrate John Kerry au coude à coude avec même un léger avantage au sénateur du Massachusetts. « Compte tenu de ce à quoi l’Administration Bush a été confrontée ces six dernières semaines, il est surprenant que le président soit encore donné 50/50 face à John Kerry », estime Stephen Hess, professeur en sciences politiques au Brookings Institution de Washington. Depuis le milieu des années 70, aucun président sortant n’a été réélu aux Etats-Unis avec une cote de popularité sous les 50 points à six mois de la fin de son premier mandat. Le dernier exemple en date est celui de George Bush, le père de l’actuel président, battu en novembre 1992 par le démocrate Bill Clinton. Paradoxalement, la baisse de George W. Bush dans les sondages intervient alors que la situation économique semble s’améliorer. Les créations d’emplois sont en hausse, le taux de chômage en baisse et la croissance est forte. Mais les prix record de l’essence à la pompe mécontentent les consommateurs et John Kerry en fait un enjeu électoral. Le débat est aussi dominé par la détérioration de la situation en Irak.
Des responsables de l’Administration présidentielle, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, estiment que M. Bush aurait dû congédier son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, pour enrayer la polémique sur les sévices infligés aux prisonniers irakiens. Des « faiseurs d’opinion », qui avaient apporté leur soutien à la guerre contre l’Irak en mars 2003, tournent maintenant casaque. L’éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman, après avoir qualifié les Français « d’ennemis » pour leur refus de soutenir la guerre en Irak, juge maintenant que le seul but de l’Administration Bush est de se faire réélire en novembre.
« Il y a quelque chose d’encore plus important pour l’équipe Bush que de rétablir la situation en Irak. C’est de se faire réélire et de rester loyale à sa base conservatrice pour y parvenir », a-t-il écrit récemment.

• Jean-Louis Doublet (AFP)

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