Les USA s’opposent à El Baradei

Les Etats-Unis, hostiles à M. El Baradei, mais très isolés, semblent en passe de fléchir faute d’alternative et pour éviter une crise avec leurs alliés, selon des diplomates. Le conseil des 35 gouverneurs de cette agence de sûreté nucléaire des Nations unies a ajourné au bout d’une demi-heure seulement sa session extraordinaire mercredi après-midi. La présidente en exercice du conseil, Ingrid Hall (Canada), a souligné que "le soutien à M. El Baradei a augmenté et que les membres du conseil veulent voir une décision sur sa réélection prise par consensus, dès que possible et, au plus tard, à la réunion de juin", selon une copie de sa déclaration montrée à des journalistes. M. El Baradei, un diplomate égyptien de 62 ans en poste depuis 1997, s’était attiré la colère de l’administration Bush en mettant en doute en 2003 l’existence d’un programme nucléaire militaire, une des principales raisons invoquées pour renverser Saddam Hussein. Les Etats-Unis s’opposent à sa réélection, officiellement parce qu’un chef d’une agence de l’Onu ne saurait servir plus de deux mandats, conformément à un usage établi par les principaux contributeurs aux organisations internationales, le "groupe de Genève". Washington lui reproche surtout de ne pas être assez ferme avec l’Iran. Les Américains accusent Téhéran, qui dément, de vouloir se doter de la bombe atomique sous couvert d’un programme nucléaire civil. Tous les intervenants, la Chine, le Luxembourg (au nom de l’Union européenne), la Russie, l’Indonésie (au nom des pays non-alignés) ont exprimé "un fort soutien" à M. El Baradei. L’ambassadeur luxembourgeois, Paul Faber, a estimé que les Etats-Unis sont prêts à se joindre à la quasi-unanimité des Etats du conseil en faveur de M. El Baradei. L’ambassadeur d’Egypte, Ramzy Ezzeldin, s’est également montré confiant, en déclarant à la presse: "je crois qu’au fond il existe un accord". Théoriquement, une décision pourrait être prise par vote à la majorité des deux-tiers. Mais, a expliqué une source diplomatique occidentale à l’AFP, les Européens, comme les autres Etats, "ne veulent pas brusquer les Américains" qui seraient minoritaires en cas de vote et ils préfèrent un consensus. L’actuel mandat de quatre ans de Mohamed El Baradei expire le 30 novembre prochain. Une décision du conseil devra être entérinée par l’assemblée générale de l’agence, en septembre dans la capitale autrichienne. Certes, les Etats-Unis espèrent toujours qu’un vote sur le nom de M. El Baradei échouera afin de permettre à un candidat extérieur de se faire connaître, a déclaré cette semaine à l’AFP un responsable américain parlant sous couvert de l’anonymat. Le dépôt des candidatures a expiré fin décembre. Mais, a reconnu ce responsable, les Américains pourraient finalement céder, car ils n’ont pas de candidat de rechange: "la Maison-Blanche ne veut pas en faire un contentieux de politique étrangère dans une période où nous avons une bonne collaboration avec les Européens et d’autres sur des défis immédiats comme l’Irak, le Darfour, l’Iran, l’embargo sur les armes à la Chine, etc.", a ajouté ce responsable.
Un autre diplomate a estimé après la réunion que pour les Etats-Unis "il est encore trop tôt pour se prononcer. Nous sommes à six semaines de la décision", laquelle, selon lui, n’interviendra pas avant la réunion ordinaire du 13 juin. Mohamed El Baradei n’était pas au siège de l’AIEA à Vienne mercredi, car il participe à une réunion régionale sur la non-prolifération à Mexico, a indiqué son secrétariat.

Jean-Michel Stoullig (AFP)

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