Liban : L’armée tire sur des manifestants

Dix-sept personnes ont été blessées lors des affrontements qui ont éclaté dans ce secteur, au moment où le liban était partiellement paralysé par une grève contre la cherté de la vie à l’appel de la confédération générale des travailleurs (cgtl).
Celle-ci a ensuite appelé à l’arrêt des manifestations, mais des violences, accompagnées d’arrestations de civils et des actes de vandalisme se produisaient en fin de journée dans certaines régions, ont constaté des correspondants de l’AFP.
« Nous avons reçu les corps de trois civils tués par balles », a affirmé à l’AFP le dr george karam à l’hôpital sainte-thérèse. Douze autres civils, dont huit blessés par balles, ont été hospitalisés. Cinq soldats, dont un officier, ont été blessés par des jets de pierre, selon l’armée. L’armée a précisé dans un communiqué que des soldats, intervenus pour ouvrir les routes bloquées par les manifestants, ont tiré en l’air pour disperser les protestataires à hay as-sollom. L’armée a été contrainte de tirer sur « certains manifestants qui cherchaient à s’emparer » de véhicules militaires, tuant l’un d’eux et blessant trois autres dont un grièvement, ajoute le texte.
Selon un photographe de l’AFP, des soldats, munis de fusils d’assaut, ont tiré en l’air devant quelque 600 manifestants en colère qui leur jetaient des pierres à hay as-sollom. Un officier est tombé à terre, le visage ensanglanté, alors que des soldats casqués lançaient des pierres sur les manifestants. Selon des habitants, des militants du Hezbollah intégriste chiite se trouvaient sur le terrain, sans arme, et sans se mêler à la foule. Le Hezbollah a rendu le gouvernement du premier ministre rafic hariri responsable de ces affrontements. Après les heurts, des véhicules blindés ont pénétré dans hay as-sollom et des renforts de la troupe l’ont quadrillé. Des manifestants ont alors bloqué, à l’aide de pneus enflammés, plusieurs artères, dont celle menant à l’aéroport international de Beyrouth, mais l’armée est intervenue pour dégager la voie.
Les manifestations ont eu lieu à l’appel à la grève générale lancée par la cgtl pour réclamer une baisse du prix de l’essence. Le prix de l’essence a presque doublé depuis un an, affectant de nombreux secteurs de l’économie. En milieu d’après-midi, la CGTL a appelé à « l’arrêt des manifestations pour sauvegarder le caractère pacifique du mouvement revendicatif ». Mais des violences ont continué. Des barrages en parpaing ont été érigés par des jeunes gens à chiyah, un quartier de la banlieue sud, a constaté un photographe de l’AFP.
Une télévision privée libanaise a montré des images choquantes de deux manifestants à terre, rués de coups par les forces de l’ordre, derrière un barrage de l’armée à hay as-sollom, où s’étaient concentrés les tirs. Ailleurs à Beyrouth, quelque 2.000 personnes se sont rassemblées devant le siège du gouvernement, portant des banderoles dénonçant la corruption du gouvernement. « le gouvernement remplit ses caisses avec l’argent du pauvre peuple », a accusé le patron de la CGTL, ghassan ghosn. Une quarantaine de syndicats ont répondu à son appel, paralysant l’enseignement public et privé ainsi que les transports, mais les banques et le services administratifs sont restés ouverts. La séance hebdomadaire du conseil des ministres ne s’est pas tenue en raison de l’absence du premier ministre rafic hariri qui se trouvait à damas. Ce dernier a écourté son séjour pour regagner Beyrouth après un long entretien avec le président bachar al-assad. En 1992, une manifestation contre la vie chère, marquée par l’incendie de centaines de pneus à Beyrouth et autour de la capitale, avait mené à la chute du premier ministre, alors omar karamé, qui avait été remplacé par M. Hariri.

• Henri Mamarbachi (AFP)

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