Liban-Syrie : La fin d’une époque

La Syrie, qui dominait le Liban depuis trente ans, a pratiquement achevé son retrait à l’exception d’une petite force maintenue pour prendre part mardi à une cérémonie d’adieu dans la plaine de la Békaa. "C’est une page qui est tournée dans la nature des relations entre le Liban et la Syrie", a déclaré lundi à l’AFP le député de l’opposition Marwan Hamadé. Le retrait syrien "doit laisser la place à une nouvelle forme de relations, d’autant que l’aspect militaire et sécuritaire avaient pris le dessus sur l’intérêt commun", a ajouté l’ex-ministre, qui avait échappé en octobre 2004 à une tentative d’assassinat. Cet attentat manqué, suivi quelques mois plus tard par l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, ont été pour les Libanais et la communauté internationale la preuve absolue de la mainmise de l’appareil sécuritaire libano-syrien sur la vie politique libanaise.
Ces agissements ont conduit l’Onu à dénoncer Beyrouth et Damas pour leur rôle, direct et indirect, dans l’assassinat de Rafic Hariri qui a plongé le pays dans la plus grave crise de son histoire récente. "Ce n’est pas du ressentiment contre la Syrie que nous avons ce jour, mais plutôt l’espoir que les relations entre deux pays aussi proches prendront désormais le chemin du respect mutuel de la souveraineté, des réformes et de la modernité", a souhaité M. Hamadé. Ces propos soulignent la volonté de l’opposition libanaise d’établir des relations enfin normalisées avec son puissant voisin, aujourd’hui sous surveillance internationale. Malgré l’unité retrouvée autour du retrait syrien, celui-ci est diversement apprécié à l’heure des comptes. "Encore quelques heures et une ère nouvelle s’ouvrira au Liban", se réjouit en Une le francophone L’Orient Le Jour. "30 ans de présence syrienne prendront fin dans les prochaines heures", constate, également en Une, le journal à grand tirage An Nahar.
"Il s’agit de la fin d’une époque misérable de quelque côté qu’on l’examine: politique ou économique, culturel ou éducatif, militaire et sécuritaire", analyse avec amertume Talal Salmane, propriétaire du journal As Safir, proche de la Syrie. Le quotidien pro-syrien Ach Charq prévient qu’il est temps que "les Libanais procèdent à un examen de conscience", car "un Liban libre et souverain ne doit pas puiser sa force en s’appuyant sur les Etats-Unis ou d’autres".
Ce commentaire traduit la ligne de fracture au sein de la population tant n’a cessé d’apparaître au grand jour le rôle promordial joué par les grandes puissances dans le remodelage du paysage politique de ce petit pays. "Le Liban d’aujourd’hui ressemble à un jeu d’échecs dont les pions sont joués du dehors", analyse un diplomate européen qui a requis l’anonymat. De fait, l’avenir que certains voient déjà comme brillant, à l’aune du "grand Proche-Orient démocratique" prôné par le président américain George W. Bush, reste incertain. "Les soldats syriens s’en vont, mais s’en vont-ils politiquement aussi ?", interroge Mohammad, coursier, qui met en avant la majorité de députés sont proches de la Syrie et que le Liban a toujours été un "pays sous influence". Certes, les premières élections de l’ère post-syrienne devraient consacrer la victoire de l’opposition d’ici fin mai, mais celle-ci n’a ni programme commun de gouvernement, ni vision commune de l’avenir du Liban. Proche du clan Hariri, l’ancien ministre libanais Ghassan Salamé, tout comme le général chrétien Michel Aoun, prônent un "système laic" qui mette fin au confessionnalisme en vigueur. Mais tout le monde n’est pas sur cette ligne. Au plan économique enfin, le Liban a évité la débâcle mais avec une dette de 35 milliards de dollars et un chômage rampant, le pays doit d’urgence s’atteler à des réformes promises depuis longtemps.

Henri Mamarbachi
AFP

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