L’Iran sous pression internationale

Pour les Américains, il ne fait guère de doute que le programme nucléaire que les Iraniens ne cessent de proclamer « pacifique » en dissimule un autre, militaire, qui pourrait leur donner la bombe atomique en quelques années. Les Européens, engagés depuis décembre dans un dialogue politique formel avec les Iraniens, sont moins abrupts. Cependant, dit un de leurs diplomates, « étant donné la configuration régionale, il faudrait être naïf pour penser qu’ils ne sont pas au moins tentés par l’arme nucléaire, qui donnerait aux dirigeants la garantie de durer ».
Les occidentaux n’ignoraient pas que les Iraniens construisaient avec les Russes leur première centrale civile à Bouchehr, dans le sud du pays, ni que d’autres chantiers nucléaires étaient en cours. Mais, au début de l’année, ils avaient appris de la bouche du président Mohammad Khatami que l’Iran allait produire son propre uranium enrichi pour alimenter ses futures centrales. Ils avaient aussi appris que plusieurs autres usines nucléaires se construisaient en Iran, quand elles n’étaient pas près d’être achevées.
Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei s’était, lui-même, dit surpris, lors de sa visite fin février, de la maîtrise de cette technologie par les Iraniens. A Natanz (centre) en particulier, M. ElBaradei avait vu une usine de centrifugeuses destinées à produire de l’uranium enrichi. Pour les Américains, il est très probable que les Iraniens les aient déjà utilisées pour produire de l’uranium enrichi, ce qui constituerait en soi une violation du Traité de non-prolifération (TNP) dont l’Iran est signataire. Ils s’inquiètent surtout vivement que les Iraniens puissent produire rapidement de l’uranium et du plutonium à usage militaire, voire qu’un jour ils dénoncent la signature du TNP, comme viennent de le faire les Nord-Coréens, pour posséder l’arme nucléaire. Washington se veut conforté dans ses soupçons par le secret dans lequel Téhéran conduit son programme. « Ce qui nous inquiète le plus, c’est ce que l’Iran continue de cacher arsenal nucléaire », disait en février une porte-parole du Département d’Etat. Selon des sources diplomatiques, M. ElBaradei a peu apprécié d’être informé au dernier moment des projets des Iraniens, même si ces derniers ont exploité au mieux certaines lacunes de la réglementation internationale. Depuis lors, les Iraniens ont d’ailleurs accepté d’aviser l’AIEA dès l’approbation d’un projet et non sa réalisation. Comme l’a refait Moscou dimanche, la communauté internationale n’a cessé depuis lors de réclamer à Téhéran la signature du protocole additionnel au TNP, qui permettrait des inspections poussées et inopinées par l’AIEA. L’UE, qui fait du nucléaire l’une des têtes de chapitre de ses discussions politiques, « devrait dans les prochains mois renforcer ses pressions en ce sens », dit un diplomate. Téhéran, qui proteste constamment de la « transparence » complète de son activité, persiste à refuser en alléguant que les autres signataires étaient engagés par le TNP à assister techniquement les Iraniens et ne l’ont pas fait.
Les Etats-Unis pèsent quant à eux sur la Russie pour qu’elle cesse de coopérer avec l’Iran. Moscou, à qui cette collaboration assure des ressources financières, a jusqu’à présent refusé de l’interrompre. Une partie de la presse russe croit cependant savoir que les engagements de Moscou envers Téhéran ne seraient pas si fermes, ce qui ne peut manquer d’inquiéter Téhéran. Washington tâche aussi de rallier l’AIEA à sa cause. Celle-ci doit remettre mi-juin un rapport très attendu sur l’Iran.

Laurent Lozano (AFP) 

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