L’OPEP bien embarrassée

« Le marché se demande dans quelle mesure l’Opep peut justifier une baisse de ses quotas de production », remarque Deborah White, économiste à la Société Générale. « Il semble extrêmement difficile pour les membres de l’Opep de réduire leur production dans le contexte actuel de prix élevés, la demande n’ayant pas encore ralenti et les stocks ne s’étant pas accrus de façon significative », explique-t-elle. Le 10 février à Alger, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait décidé de réduire d’un million de barils par jour (m/bj) à 23,5 m/bj ses quotas de production à partir du 1er avril. Le cartel désirait alors pallier un effondrement des prix au deuxième trimestre, quand la fin de l’hiver entraîne généralement une chute de la demande et permet une reconstitution des stocks.
Or, depuis, les prix ont progressé de 13% à Londres et de 16% à New York, alors que les stocks, notamment d’essence, sont restés maigres et la demande s’est avérée plus robuste qu’attendu aux Etats-Unis et en Chine. « Que ce soient les pressions politiques ou les fondamentaux du marché, ils disent tous la même chose en ce moment, c’est-à-dire “ne réduisez pas” la production, souligne Steve Turner, analyste à la Commerzbank. « La pression est assez intense sur le plan politique en ce moment », note-t-il, même si elle n’est « pas aussi importante qu’elle l’était lorsque les Etats-Unis entrenaient de bonnes relations avec l’Arabie saoudite », le chef de file de l’Opep. La grogne commence en effet à se faire entendre du côté de l’Administration Bush en cette année d’élections présidentielles, alors que la flambée des prix du brut menace la reprise économique. La semaine dernière, le secrétaire au Trésor, John Snow, s’est inquiété du niveau élevé des prix de l’énergie, équivalent selon lui à un « impôt sur les industriels américains ».
Dans ce contexte, des informations circulaient lundi selon lesquelles l’Opep envisagerait de reporter à juin une baisse de sa production, pour permettre une période de stabilisation des cours. Mais le ministre qatariote de l’Energie, Abdallah Ben Hamad Al-Attiyah, a balayé ces rumeurs, en affirmant lundi n’avoir reçu « aucune proposition » dans ce sens. Le ministre a répété que la fermeté des prix n’était pas due à une pénurie de pétrole mais à la spéculation et aux troubles politiques au Venezuela et en Irak. Face à ces informations contradictoires, « le marché est un peu perdu », constate Steve Turner, de la Commerzbank, jugeant qu’un report de la réduction de l’offre serait une bonne chose. L’Opep est la seule à tabler sur une demande moins ferme que prévu au second trimestre, note cet analyste.
Dans son rapport de mars, l’Opep a en effet revu en baisse de 190.000 b/j à 24,76 m/bj la demande au second trimestre. Quelques jours avant, l’Agence internationale de l’energie (AIE), qui représente les intérêts des consommateurs, avait relevé de 220.000 b/j son estimation de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2004, à 1,65 m/bj, en raison de l’énorme appétit chinois. Ainsi, « l’Opep va probablement décider de nettement réduire sa production » le 31 mars, estime Kevin Norrish, analyste à Barclays Capital, jugeant que cette diminution sera « sûrement excessive ». Pour Deborah White, de la Société Générale, l’Opep s’en tiendra à sa décision du 10 février, « afin de préserver sa crédibilité ».

• Perrine Faye (AFP)

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