L’opposition senegalaise se repositionne

Laminée aux législatives d’avril 2001, après l’alternance au sommet du pouvoir en mars 2000, la nouvelle opposition sénégalaise a partiellement remonté son handicap aux élections régionales, municipales et rurales du 12 mai, sans toutefois ébranler la toute-puissance de la coalition au pouvoir.
Les résultats officiels complets de ces élections n’avaient toujours pas été publiés mercredi, mais selon les données partielles disponibles, la « cap 21 », coalition de partis de la mouvance présidentielle, a gagné ces élections dans neuf des onze régions du pays, ainsi que dans les principales villes, mais elle les a perdues dans plusieurs métropoles rurales au profit de l’opposition, regroupée au sein du cadre permanent de concertation (cpc).
Au décompte final, il est certain que la cap 21 remportera la plus grande partie des 441 communautés rurales, municipalités, communes et conseils régionaux en compétition.
Mais l’opposition aura réussi à marquer des points et à éviter la monopolisation totale des pouvoirs, de la base au sommet, par les partisans du régime du président (libéral) Abdoulaye Wade. Ce résultat, l’opposition le doit d’abord à son regroupement pour présenter une liste commune de candidature. Le cpc réunit notamment, dans une structure non formelle, le parti socialiste (ancienne formation au pouvoir) et ses deux dissidents : l’union pour le renouveau démocratique (urd) de Djibo Ka et l’alliance des forces de progrès (afp) de Moustapha Niasse (ancien premier ministre du président Wade, qu’il avait soutenu au deuxième tour de la présidentielle de 2000 au détriment du socialiste Abdou Diouf).
Outre cette unité, les opposants ont largement bénéficié du vote du monde rural, qui semble avoir voulu sanctionner le gouvernement après deux campagnes arachidières. La commercialisation de l’arachide, principalle source de revenu des paysans sénégalais, a connu de nombreux ratés, qui n’ont pas permis aux agriculteurs d’écouler leur production à cause d’une mauvaise organisation, d’un manque de financement et d’une privatisation mal maîtrisée.
Résultat : plus de la moitié du million de tonnes produit n’a pu être commercialisée. L’opposition a exploité à fond cette situation, ainsi que tous les retards enregistrés par le nouveau régime dans la satisfaction de la « demande sociale » (lutte contre le chômage, contre la pauvreté et la corruption, éducation, santé…).
Elle a enfin profité de la dissidence de certains partisans de la cap 21, mécontents de n’avoir pas été investis. La perte par la cap 21 de plusieurs départements ruraux et une baisse sensible de ses scores dans les centres urbains, où elle avait largement gagné il y a un an, sont perçus par la presse comme « un avertissement » au nouveau régime, voire « un désaveu » ou « une sanction » de ses actions depuis son installation au pouvoir. Après avoir voté dimanche, le président Wade avait promis de « lire le message » qui serait transmis par les électeurs à travers le scrutin et d’en « tirer les conclusions ».
Ces conclusions sont attendues après la proclamation officielle des résultats provisoires par la cour d’appel et définitifs par la cour constitutionnelle, après examen des recours.
D’ores et déjà, le numéro 2 du parti présidentiel, le ministre d’Etat Idrissa Seck, avait laissé entrevoir, avant les élections, la possibilité d’ouvrir le gouvernement à des personnalités de l’opposition. Manoeuvre pour diviser l’opposition ou ballon d’essai ? les opposants ont accueilli avec prudence et réserve cette éventualité.

• Kader Diop (AFP)

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