L’UE : Un nouveau big bang samedi

Certes, le poids démographique des nouveaux Etats (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Chypre et Malte) est relativement peu important (16% de la population totale de l’UE à 25), et leur contribution économique encore plus restreinte (moins de 5% du PIB), limitant ainsi leur influence dans la prise de décision de la future Union. Les nouveaux entrants ne représentent pas non plus un bloc monolithique, dont les opinions seraient systématiquement alignées, relèvent aussi les diplomates et les experts.
Néanmoins, cet élargissement, qui inclut un nouveau « grand » (la Pologne), va modifier les équilibres politiques et institutionnels qui s’étaient établis entre les Quinze.
Après des décennies de communisme, huit des dix nouveaux entrants se montrent résolument libéraux. Ayant mené pendant 15 ans à marche forcée privatisations, déréglementation du marché du travail ou réforme des retraites et de la fiscalité, ils incitent déjà leurs partenaires à les imiter. En même temps, beaucoup d’experts expliquent que les Dix contribueront probablement à établir une pause dans l’intégration européenne, par un besoin de tenir Bruxelles à distance qui est largement aussi ressenti parmi les Quinze membres actuels. Gavés de réformes pour satisfaire au cahier des charges imposé par l’UE, les Dix ne seront probablement pas enclins par exemple à imposer à leur industrie de nouvelles normes en matière d’environnement.
Sur le plan diplomatique, les nouveaux pays se montrent résolument atlantistes, partisans d’une relation étroite avec les Etats-Unis, comme l’a montré l’exemple de la guerre d’Irak. La majorité d’entre eux se sont rangés aux côtés de Washington et ce renfort a permis de donner une vraie crédibilité à l’axe Londres-Madrid allié des Américains, contre un axe Paris-Berlin opposé à la guerre. Le couple franco-allemand a pu constater, si le doute était encore permis, que le temps où il orientait à lui seul le cours des décisions européennes était bien bel et bien fini. Paris s’inquiète de cette dilution de son influence et recherche des mécanismes, comme les « noyaux durs » auxquels ne participeraient qu’un petit nombre de pays et où la France pourrait conserver un rôle majeur. Sur un plan institutionnel, l’intégration de dix nouveaux membres, représentant neuf langues officielles supplémentaires par rapport aux 11 existantes sera un véritable défi pour une machine européenne déjà critiquée pour sa complexité.
Les réunions du Conseil des ministres devront être menées avec maestria pour éviter la multiplication d’interminables tours de table, et l’enlisement de la prise de décision. La Commission, au coeur du dispositif européen, va devoir apprendre à fonctionner avec 25 commissaires représentant chacun une nationalité. « On sous-estime les difficultés que nous aurons à travailler en étant aussi nombreux autour de la table », confiait récemment Michel Barnier, qui était encore alors membre de l’exécutif européen avant de devenir ministre des Affaires étrangères français.
Pour affronter ce Big Bang, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont lancé la préparation d’une Constitution européenne, qui clarifie le sens de la construction européenne et rationalise la prise de décision. Mais contrairement à l’objectif fixé, la discussion n’a pu être achevée avant la date fatidique du 1er mai, et les doutes se font de plus en plus insistants sur la possibilité d’arriver à faire ratifier le futur traité par les 25 Etats membres.

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