Mauritanie : Le verdict pour bientôt

La plupart des Mauritaniens ont, ce lundi, les yeux rivés vers Ouadnaga. C’est dans cette bourgade située à une cinquantaine de kilomètres à l’Est de Nouakchott que se déroule depuis deux mois le procès dit «des putschistes». Plus de 195 personnes comparaissent devant la Cour criminelle, située dans l’enceinte de la garnison militaire. La défense doit donner ce lundi la réplique au réquisitoire particulièrement long du procureur de la république, Sidi Mohamed Ould Moulaye, lequel s’est déroulé en deux jours, mardi 4 et mercredi 5 janvier.
Après la lecture des procès-verbaux, le procureur a décrit les horreurs vécues à Nouakchott, les 8 et 9 janvier 2003, durant la tentative de putsch. Les combats entre forces loyalistes et putschistes avaient duré 36 heures, se soldant sur un bilan officiel de 15 morts et 68 blessés. Le chef d’état-major de l’armée mauritanienne, le colonel Mohamed Lemine Ould Ndiayane, avait été liquidé lors de ces événements. Le procureur a aussi rappelé la libération par les putschistes de plus de quatre cents détenus dans la prison civile de Nouakchott, soulignant à ce sujet, que « les mutins avaient procédé de la même manière que Mouammar Khadafi, , leur maître à penser, qui avait débuté son putsch en Libye par la libération des détenus de droit commun».
Des circonstances aggravantes qui justifient, selon le procureur, la pleine capitale requise notamment contre Saleh Ould Henenna. Présenté comme le cerveau présumé de l’affaire, Ould Henenna est aussi à la tête des «Cavaliers du changement», organisation qui aurait ordonné à ses membres d’infiltrer l’armée. La peine capitale est requise aussi contre Abderrahmane Ould Mini, instigateur supposé du coup d’Etat manqué de juin 2003, ainsi que contre 15 co-accusés. Il s’agit de Mohamed Ould Saleck cité par le procureur comme étant la réplique de Ould Mini.
L’homme d’affaires Moustapha Ould Limam Chavi’i, vivant habituellement dans certaines capitales africaines comme Ouagadougou est également cité dans ce réquisitoire, comme responsable de la transaction réalisée sur des cargaisons d’armes introduites en Mauritanie. Quand à Ould Hreimou, il a été présenté comme la tête pensante de la tentative de putsch de septembre 2004 ayant organisé l’exfiltration des putschistes après le 8 juin 2003 et leur retour au pays, au mois de septembre 2004. En tout, ce sont seize peines de mort qui ont été requises.
L’ex-président, Mohamed Khouna Ould Haidalla, risque, quant à lui, cinq ans de prison ferme, accusé d’avoir accordé des soutiens financiers aux instigateurs présumés des putschs. La même peine a été requise contre Ahmed Ould Daddah, frère du premier président mauritanien après l’indépendance, Moktar Oud Daddah. Le procureur a aussi requis de la perpétuité avec travaux forcés à dix ans de prison pour une partie des accusés. Des peines jugées «excessivement sévères », a estimé un des avocats de la défense. Parmi les preuves présentées par le procureur de la république, il y avait des modèles d’armes, dont un kalachnikov, un pistolet, un talkie-walkie, des munitions et un plan d’attaque ainsi qu’une copie d’un discours dont la diffusion était prévue sur les média officiels. Les audiences reprennent ce lundi avec les plaidoiries des avocats de la défense. Signalons que sur demande de la défense, les prévenus comparaissent désormais sans menottes.
Un revirement de la part du président de la cour, Mohamed Elhadi Ould Mohamed, qui avait refusé catégoriquement de céder à ce qu’il a appelé « la pression des avocats », en expliquant que les prévenus étaient menottés pour des raisons de sécurité.

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