Multiples conditions pour une conférence

« Il est toujours possible de monter un simulacre, mais il ne permettra pas d’organiser les élections » prévues en janvier, a déclaré à l’AFP François Heisbourg, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.
Pour Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes, « si c’est pour faire une photo, on peut la faire ». « Mais c’est de la poudre aux yeux destinée aux électeurs américains ». Washington a opéré un tournant en soutenant, à cinq semaines de l’élection présidentielle américaine, l’organisation, en octobre, d’une conférence internationale, une idée défendue par la Russie et la France dès novembre 2003 et prise à son compte par le candidat démocrate, John Kerry.
L’Egypte s’est dite prête à accueillir, vers la mi-octobre, cette conférence regroupant les voisins de l’Irak et les pays du G8. « Le Caire se pose en leader régional: il manifeste sa bonne volonté vis-à-vis des Américains sans se compromettre sur le fond », fait valoir M. Heisbourg. La France, qui craint d’être instrumentalisée par Washington mais peut difficilement s’opposer à une idée qu’elle soutient depuis un an, a jugé mardi « utile » l’idée d’une conférence tout en soulignant que plusieurs conditions devraient être réunies avant de pouvoir fixer une date. « Quels participants (Irakiens, pays de la région, grands partenaires de l’Irak), quels sujets (élections, etc). De tout cela découle la date: quel est le meilleur moment pour être utile au processus », a déclaré l’Elysée, à l’issue d’un entretien entre le roi Abdallah II de Jordanie et le président français, Jacques Chirac. Le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnie,r avait demandé la veille la participation de « l’ensemble des forces politiques (irakiennes), y compris celles qui ont choisi la voie de la résistance par les armes » et l’inscription à l’ordre du jour de « la question du retrait » des forces présentes en Irak. « Nous sommes dans les manoeuvres et dans l’hypocrisie : côté américain comme côté français car, pour éviter de se laisser instrumentaliser, la France pose la question de la participation des groupes armés et du départ des forces américaines, rendant la conférence inopérante », estime M. Basbous. Pour Rosemary Hollis, du Royal Institute of International Affairs (RIIA) de Londres, « soit on fait une réunion pour tenter de parvenir à un accord et on peut la faire assez vite, soit une conférence qui mettra les dernières touches à des accords décidés à l’avance et dans ce cas on a besoin de deux mois ». Or, en voulant organiser cette conférence très vite tout en décidant de l’ordre du jour, les Etats-Unis « n’ont toujours pas compris » qu’ils « ne sont que l’un des multiples acteurs dans un grand jeu où il n’est pas possible de vouloir tout contrôler », poursuit Mme Hollis.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moeller, a rejeté les demandes françaises en soulignant qu’il soutenait sans conditions la conférence, à l’issue d’une réunion à New York avec son homologue irakien, Hoshyar Zebari. Son homologue espagnol, Miguel Angel Moratinos, a qualifié de « bonne nouvelle » l’annonce d’une conférence. Mais il a insisté pour que les pays les plus proches de l’Irak y jouent « un rôle de premier plan ». « L’Iran et la Syrie ne pourraient accepter une réunion que si elle inclut des participants proches de leurs propres intérêts », constate François Heisbourg. Et « si ces pays ne participaient pas, la conférence perdrait une grande partie de son sens ».

• Indalecio Alvarez (AFP)

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