Nucléaire : Israël maintient l’ambiguïté

Ces déclarations, faites avant l’arrivée en soirée en Israël du directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Mohamed El Baradei, sont conformes à celles de ses prédécesseurs qui n’ont jamais admis que leur pays dispose de l’arme nucléaire.
Pourtant les capacités nucléaires de l’Etat juif ne font aucun doute pour les experts du monde entier, depuis la mise en oeuvre de la centrale nucléaire de Dimona (sud) il y a quarante ans.
Ils s’appuient entre autres sur les révélations d’un ex-technicien de la centrale de Dimona, Mordechaï Vanunu, qui lui avaient valu 18 années de prison pour « espionnage ».
Israël laisse lui même entendre qu’il a à cacher puis qu’il est avec le Pakistan et l’Inde, l’un des trois pays à ne pas avoir signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), ce qui lui évite d’avoir à se soumettre aux inspections de l’AIEA.
« La politique d’ambiguïté sur le nucléaire qui est la nôtre a fait ses preuves et elle se poursuivra », a déclaré M. Sharon ajoutant qu' »Israël est obligé de détenir entre ses propres mains toutes les composantes de la force nécessaires à sa défense ». Il n’a pas donné de précisions.
« Cette politique d’ambiguïté a effectivement permis à Israël d’acquérir une force de dissuasion sans encourir des sanctions internationales pour s’être doté de l’arme nucléaire », relève le chercheur Reuven Pedatzur.
Cependant il estime qu’elle a fait son temps et qu’il serait préférable qu’Israël « dévoile à présent ses capacité nucléaires » face au risque d’un armement nucléaire iranien.
« Face à un pays comme l’Iran qui disposera bientôt de l’arme nucléaire et qui affiche sa volonté de détruire Israël, il ne suffit plus de laisser planer de vagues menaces pour dissuader », ajoute ce spécialiste. « Israël ne sera pas le premier pays à introduire l’armement nucléaire au Moyen-Orient »: cette formule-leitmotiv constitue la position officielle israélienne depuis 40 ans.
En 1969, Israël a conclu une « entente » avec les Etats-Unis aux termes de laquelle les dirigeants israéliens s’abstiennent de toute déclaration publique sur le potentiel nucléaire de leur pays et ne procèdent à aucun test nucléaire.
En échange, Washington s’est engagé à s’abstenir d’exercer des pressions à ce sujet.
Par précaution, tout le programme est en outre couvert par la censure militaire, que les médias israéliens contournent se se retranchant derrière l’avis des « experts étrangers ».
En novembre 2001, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Shimon Peres, actuel chef de l’opposition travailliste Shimon Peres et « père » du programme nucléaire israélien, a reconnu que la France avait accepté en 1956 de doter Israël d’une « capacité nucléaire ».
Selon la presse, les dirigeants israéliens ne recourront à « l’option nucléaire » que dans quatre scénarios: si l’Etat hébreu était attaqué avec des armes chimiques ou bactériologiques, si son aviation était détruite, si des armées arabes envahissaient son territoire, ou en cas d’attaque nucléaire.
Selon des historiens militaires, Israël a été tenté d’utiliser des armes nucléaires tactiques pour stopper la ruée des blindés syriens sur le Golan durant la guerre de Kippour d’octobre 1973, mais y a renoncé après le recul de ces forces. Israël disposerait de 100 à 200 bombes atomiques susceptibles d’être larguées par des avions ou adaptées sur des missiles balistiques de moyenne et longue portée de type « Jéricho ».
La semaine dernière à Moscou, M. ElBaradei a déclaré qu’Israël devrait faire la lumière sur ses activités nucléaires et commencer à oeuvrer pour un Proche-Orient dénucléarisé.
Israël, de son côté, a toujours exigé au préalable des accords de paix régionaux.

• Marius Schattner (AFP)

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