P.O. : Les enfants dans la tourmente

Ils vivent avec la violence en toile de fond, dans un pays où la politique imprime sa marque sur tout. Du côté palestinien comme israélien, les enfants paient, au point que des psychologues craignent de voir une génération entière «perdue pour la paix». En presque deux ans d’Intifada, plus de 300 enfants palestiniens et une trentaine d’Israéliens ont été tués. D’autres, innombrables, restent marqués dans leur âme, alors que l’occupation israélienne se prolonge et que les factions palestiniennes ont renouvelé leurs menaces d’attentat.
En Cisjordanie, une petite fille dit sa terreur que l’armée prenne son père, recherché. Un autre a vu sa mère interrogée des jours de suite. Un autre son copain blessé.
A Jérusalem, ce sont des fillettes israéliennes qui «jouent à l’attentat suicide» dans un parc, comme le raconte la pédo-psychologue Michal Preminger. Ou un enfant de 7 ans qui ne peut plus approcher un petit écran, effrayé par «la télé des attentats». Depuis quelques semaines, les cerfs-volants ont fait leur réapparition dans le ciel de Ramallah, seul moyen d’évasion quand l’armée impose son couvre-feu. «Quel symbole! le ciel est le seul espace où on peut créer et se déplacer,» dit Sarah Maréchal, chargée des programmes de santé mentale de médecins du monde (mdm) dans les territoires. La terreur générée par les opérations israéliennes du printemps a laissé place à la chape de plomb de l’occupation et à une angoisse, plus sourde mais aussi intense, sur l’avenir.
Les enfants sont confinés devant la télévision. Parfois ils jouent au foot près de la maison. Du côté israélien, certains ne veulent plus sortir. «A Jérusalem, vous avez de fortes chances de connaître une victime d’attentat ou quelqu’un qui a failli l’être», dit Mme Preminger, qui n’a pas écho d’enfants consultant pour cette raison mais qui constate que tous sont affectés.
Des deux côtés, les parents peinent à trouver les arguments pour tenir leur progéniture à la maison, surtout les adolescents. A Gaza, «le plus alarmant est l’obsession à devenir «martyr», comme si c’était devenu le signe d’estime de soi», s’inquiète Eyad Sarraj, directeur du programme de santé mentale de Gaza, pionnier palestinien.
Impossible pour les petits palestiniens de prendre de la distance.
«Le plus oppressant est que l’on n’a pas l’impression qu’ils puissent se libérer d’un certain fanatisme. Ils sont envahis par un combat politique, et dessinent des chars sous une pluie de pierres ou des mosquées d’Al-Aqsa à libérer», raconte la pédo-psychologue Marie Réveillaud, qui travaille à Ramallah pour mdm. «Ils ont l’impression qu’ils sont seuls au monde à être malheureux, et ils l’expriment dans des discours vengeurs contre les Juifs et les Américains», dit-elle. Les enfants israéliens aussi sont «de plus en plus politisés», dit la psychologue Attar Ornan : «L’arabe est l’ennemi. La plupart des enfants de 5 ans jouent à la guerre, mais ici ce n’est pas imaginaire.»
«J’espère que ces enfants ne seront pas totalement perdus pour la paix. Mais si paix il y a, il y aura toujours des remous», ajoute-t-elle. Mais si les petits israéliens peuvent compter sur des institutions, scolaires notamment, préparées à cette situation, le cas des Palestiniens est plus alarmant.
«Nous sommes sur le point de perdre cette génération qui portait nos espoirs. Les kamikazes d’aujourd’hui sont les enfants de la première Intifada (1987-93), alors imaginez ce que les enfants de cette deuxième Intifada vont donner,» dit M. Sarraj.
«Il faut qu’ils jouent, qu’ils aillent à la piscine, dans des clubs de sport. Mais les ressources sont limitées et l’autorité palestinienne est d’abord concentrée sur sa propre survie,» dit-il.
Impossibles sous couvre-feu, les activités récréatives et de soutien des ong ont cessé. mdm et 31 autres organisations internationales avaient appelé début juillet Israël à permettre à leurs employés de porter aide aux Palestiniens de Cisjordanie.

• Catherine Hours (AFP)

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