Palestine : Des espoirs mitigés

« La question est de savoir si Abbas est capable de prendre des risques », affirme à l’AFP Gérald Steinberg, professeur de sciences politiques. « Le mieux que nous puissions espérer, c’est qu’une direction palestinienne pragmatique prenne la barre après les élections législatives et celles du comité central du Fatah, et on verra ensuite quelles sortes de changements de société sont possibles », poursuit-il. Pour Avi Pazner, porte-parole du gouvernement israélien, « M. Abbas représente le Fatah (la principale composante de l’OLP) et semble le grand favori, mais nous ne voulons pas intervenir dans ce processus démocratique, qui est en soi porteur d’espoir ». « Ce processus n’est devenu possible qu’après la disparition, (le 11 novembre), de Yasser Arafat », le chef historique des Palestiniens, déclare-t-il à l’AFP, en précisant qu’Israël fera tout son possible « pour que le scrutin se déroule dans l’ordre et le calme ».
L’Etat hébreu s’est engagé à retirer ses troupes des agglomérations palestiniennes de Cisjordanie pendant 72 heures et à autoriser le vote des Palestiniens habitant la partie orientale de Jérusalem, conquise et annexée depuis juin 1967. M. Abbas prône « la démilitarisation » de l’Intifada, et a récemment appelé les divers groupes palestiniens à déposer les armes.
Tout en s’élevant contre les opérations meurtrières de « l’ennemi sioniste », il a aussi condamné les tirs de roquettes ou d’obus de mortier visant Israël en soulignant qu’ils tuent aussi des Palestiniens. Ses prises de position, parfois ambiguës mais généralement modérées, font du chef pressenti de l’Autorité palestinienne « un partenaire » potentiel d’Israël. M. Sharon s’est dit prêt « à coordonner » avec lui son plan de désengagement, qui prévoit l’évacuation israélienne de la bande de Gaza et de quatre colonies en Cisjordanie. Il a évoqué « une chance historique de percée » en 2005 avec les Palestiniens, et fait miroiter « un arrangement qui sera la base de la coexistence de deux Etats et de la paix pour de longues années ». Jadis avocat du « Grand Israël » (aux frontières bibliques) et de la colonisation des territoires occupés, il affirme désormais que « la domination d’un peuple par un autre est une catastrophe ». Selon ses proches, M. Sharon fait la part de la « démagogie électorale » de M. Abbas et se félicite des points qu’il a marqués pour affirmer sa légitimité.
Ce dernier a été porté en triomphe par les activistes armés du Fatah à Jénine en Cisjordanie ainsi qu’à Rafah dans la bande de Gaza, et beaucoup de Palestiniens l’appellent d’ores et déjà « le Commandant » alors qu’il faisait encore récemment figure de pâle haut fonctionnaire, incapable de prendre le relais d’un Arafat bien plus charismatique. Le chef de la diplomatie israélienne, Sylvan Shalom, s’est, en revanche, déclaré « découragé » par les discours électoraux du chef de l’OLP dans lesquels il s’est réclamé de l’héritage d’Arafat et a réaffirmé le droit au retour (en Israël) des réfugiés palestiniens. « Pour nous, son véritable test portera sur la décision stratégique de lutter contre les organisations terroristes, et de procéder aux réformes démocratiques de l’Autorité palestinienne », estime M. Pazner. M. Sharon connaît bien M. Abbas pour l’avoir souvent rencontré, tant à la présidence du Conseil à Jérusalem que dans son ranch privé du désert du Néguev. Le dirigeant palestinien est aussi une vieille connaissance du Travailliste Shimon Peres, prochain numéro deux du cabinet, à qui il a serré la main, le 13 septembre 1993, à la Maison Blanche lors de la cérémonie de signature des accords d’autonomie qui devaient sceller l’avènement d’un « Nouveau Moyen-Orient ».

• Charly Wegman AFP

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