Palestiniens menacés de déportation

Juché au sommet d’une colline pierreuse entre Bethléem et le quartier de colonisation juif de Har Homa, le village vit dans la crainte d’une expulsion des ses 250 habitants, depuis la construction de la ligne de sécurité. « Chaque nuit, nous dormons dans la peur d’être réveillés à l’aube par les bulldozers qui viendraient détruire nos maisons », confie Youssef Daraawi, 38 ans, qui montre les plus anciennes demeures de ce modeste village, flanqué d’oliveraies éparses et de maigres champs de blé. Il ne cache pas son découragement: « Les Israéliens n’ont pas hésité à détruire des maisons dans des localités proches plus importantes que la notre comme Waladjeh, qu’est-ce qui les empêchera de le faire ici? » s’interroge-t-il. Les habitants ont néanmoins fait appel à la Cour suprême contre ces menaces. Ces bédouins sédentarisés, installés dans la région depuis 150 ans d’abord dans des grottes puis des maisons en dur, n’ont jamais obtenu le statut de résidents dont bénéficient les quelque 200.000 habitants palestiniens de Jérusalem-est. Les habitants ont été alors inscrits sur les registres d’état civil suivant l’adresse de leur mukhtar (chef traditionnel) qui habitait hors du hameau en Cisjordanie donc à l’extérieur du territoire de Jérusalem-est annexé. Cette arnaque administrative a eu pour conséquence de les priver des services publics de la municipalité de Jérusalem et à partir de 1995 ils n’ont plus pu inscrire leurs enfants dans l’école voisine située dans un faubourg de la ville. Etrangers dans leur propre foyer, leur présence était tolérée aussi longtemps que la frontière entre Jérusalem-est annexé et le reste de la Cisjordanie n’était pas inscrite sur le terrain. Elle ne l’est plus aujourd’hui en raison de la construction déjà avancée d’une ligne de sécurité à un kilomètre du village, qui sera désormais coupé du reste de la Cisjordanie. Israël n’a pas l’intention d’accepter la présence du côte israélien de ces villageois. « Depuis quelques mois, les autorités mènent une véritable campagne d’harcèlement », se plaint Jamal Daarawi, 34 ans, un ancien laborantin. Cela a d’abord été la venue en avril dernier d’un employé du ministère israélien de l’Habitat, un certain Dvir Kahana. « Accompagné de gardes frontières, il est allé de maison en maison pour avertir les habitants qu’ils devraient partir de toutes façons et qu’il serait tellement mieux pour eux de le faire à l’amiable en acceptant les indemnités proposées, » témoigne-t-il. L’employé aurait menacé les villageois « d’être privés d’eau et d’électricité et d’être complètement coupés de l’extérieur ». L’unique chemin, difficilement praticable, reliant le village à Jérusalem est souvent bloqué par l’armée. Puis, les descentes de la police ont commencé. Le 1er juillet, les gardes frontières arrêtaient pour plusieurs heures six hommes, le 22 juillet, ils en interpellaient 16, le 31 juillet 19 et le 8 août Jamal Daarawi était une fois de plus interpellé. Un porte-parole de la police a confirmé ces raids affirmant qu’ils avaient pour seul but de découvrir des résidents « illégaux » en territoire israélien. « Ils ont fouillé ma maison comme si j’étais un dangereux terroriste », se lamente Abed El Natur, un maçon au chômage de 58 ans. Il a dû signer pour être libéré un document par lequel il s’engageait à ne plus pénétrer illégalement en Israël. Interrogé sur ses projets, le ministère de l’Intérieur israélien a indiqué dans un communiqué qu’il « n’avait nulle intention d’expulser des personnes installées avant 1967 et munies d’un permis de résidence ». Il n’a pas précisé le sort des autres, mais avait auparavant fait savoir que la région était destinée à devenir une « zone verte » sans habitations. Pour exactement le même motif, le ministère a fait démolir mercredi dernier cinq maisons palestiniennes du village environnant de Waladjeh.

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