Pêche : Le calvaire des marins

Décidément, la crise dans laquelle sombre le secteur des pêches maritimes est loin d’être terminée. Encore une fois, le Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière (SNOMPH) monte aux filets. « Nous avons appelé tous nos adhérents à participer à un sit-in devant le département des pêches maritimes à Rabat, le 9 novembre prochain qui coïncidera avec le 26ème jour du mois sacré de Ramadan », a souligné le secrétaire général du SNOMPH, Abderrahmane El Yazidi.
En fait, cette mesure intervient alors que toutes les tentatives d’ouverture du dialogue avec le ministère ont échouées, a tenu à préciser El Yazidi. Ce que le syndicat reproche à Mohand Laenser, ministre de tutelle, « c’est son manque de volonté flagrante de prendre nos souffrances au sérieux », poursuit El Yazidi. La crise que traversent les marins relève quasiment de l’humanitaire. Et pour cause, le ministère des Pêches avait imposé un arrêt biologique d’une durée record, de huit mois et demi, entre septembre 2003 et mai 2004 afin « d’éviter l’extinction du poulpe ». Pendant toute cette période, les marins n’ont évidemment pas été payés. Les armateurs refusant de rémunérer leurs employés, car eux aussi se considéraient comme des victimes de cet arrêt, décrété rappelons-le, par l’ancien ministre, Taïeb Rhafess.
Ceci sans parler du principe de transférabilité des quotas, une mesure illégale qui satisfait les intérêts des armateurs et enfoncent encore plus les marins dans la misère.
A cette occasion, le SNOMPH avait exigé la mise en place d’un fonds d’aide sociale pour les marins lors des périodes d’arrêt de pêche. « Nous sommes aussi sensibles, sinon plus que les autres intervenants, à la préservation de la ressource », déclare le patron du SNOMPH, seul syndicat sur la place à défendre, aujourd’hui, les droits des marins de la pêche hauturière. Et d’ajouter: « Nous estimons que les marins marocains ont droit à un minimum de bienveillance de la part des autorités publiques car Mohand Laenser est un ministre du gouvernement de Sa Majesté et non pas des grands groupes du secteur ». Mais comment le SNOMPH propose-t-il de financer ce fonds d’aide sociale? « Il sera alimenté par une taxe sur l’exportation du poulpe ». En d’autres termes, ce sont les consommateurs étrangers qui vont financer ce fonds. En attendant, El Yazidi est considéré comme persona non grata au ministère des Pêches. « Dès sa nomination, nous avons demandé de tenir une réunion avec Laenser », assure El Yazidi. « Nous attendons toujours la réponse ».
En fait, El Yazidi a toujours été considéré comme le trublion du secteur, sauf peut-être à l’époque de Thami El Khayari, qui était derrière l’initiative de la création du SNOMPH. Ainsi, Mohand Lanser se réunit régulièrement avec les armateurs des trois segments (hauturière, côtière et artisanale). La dernière rencontre a eu lieu pas plus tard que la semaine dernière. Mais il refuse toujours d’accorder une audience au SNOMPH.
Normalement, le repos biologique dure deux mois, septembre et octobre. Cette année, le ministère des Pêches a décidé de la prolonger. Selon El Yazidi, la campagne de l’INRH qui s’est achevée le 19 octobre dernier, a montré que le niveau du stock de poulpe est assez inquiétant. Toutefois, la situation n’est pas aussi alarmante que l’année dernière.
Autre point sensible que Laenser a hérité de son prédécesseur: le paiement des licences. En effet, Rhafess, par une simple décision, avait décidé en mai 2004 d’exonérer les armateurs du paiement de la taxe obligatoire pour tout armateur, et ce en violation flagrante des dispositions du dahir de 1973. Ce fut une sorte de dédommagement pour la prolongation de l’arrêt biologique. Aujourd’hui, sur les 300 licences que compte le secteur, seule une vingtaine s’est acquittée de cette taxe. Ce qui représente un manque à gagner pour les caisses de l’Etat de l’ordre de 30 millions de dirhams, déclare El Yazidi. Même si Laenser a déjà manifesté son intention de recouvrir cette somme, le bras de fer entre lui et les armateurs s’annonce rude.
Ces derniers vont essayer de « tourner la page ». Ce qui est impossible car, l’INRH est justement financé par une partie de ces redevances. En clair, aujourd’hui l’Institut est en rupture de financement. Jusqu’à quand va-t-on continuer à noyer le poisson ?

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