Piste ETA : Implication personnelle d’Aznar

M. Aznar a appelé personnellement jeudi, le jour de l’attentat, plusieurs directeurs de médias espagnols pour insister sur le fait que l’ETA était « sans aucun doute » l’auteur des attentats de Madrid, a affirmé mardi l’un d’eux, le directeur du quotidien barcelonais El Periodico, Antonio Franco.Sur le site web de ce journal, Antonio Franco affirme avoir reçu le premier appel jeudi à la mi-journée après avoir participé à un programme de la radio nationale espagnole dans lequel il faisait part des doutes de sa rédaction sur la responsabilité de l’attaque terroriste: l’ETA ou Al-Qaïda.
« Tu ne dois avoir aucun doute, c’est l’ETA » (organisation séparatiste basque), a assuré M. Aznar lors de ce premier appel, écrit Antonio Franco. « Convaincu que le président du gouvernement de mon pays était incapable de donner des assurances sur un sujet sans en avoir la certitude, j’ai décidé de titrer une édition spéciale de El Periodico: Le 11 M de l’ETA », se justifie le responsable de ce quotidien. Le même jour des attentats, le service de presse du palais de la Moncloa, siège de la présidence du gouvernement espagnol, a appelé plusieurs correspondants de la presse étrangère, en leur disant de « ne pas se laisser tromper » par les rumeurs sur une piste islamiste.
Selon plusieurs sources concordantes, ces émissaires de la présidence du gouvernement ont avancé trois arguments à l’appui de la thèse de l’ETA: premièrement que personne n’avait alors revendiqué les attentats et que l’ETA a l’habitude de le faire beaucoup plus tard, deuxièmement qu’il s’agissait de l’explosif habituellement utilisé par l’ETA (NDLR: ce qui s’est avéré faux dans la suite de l’enquête), et troisièmement que l’ETA ne prévient jamais avant de commettre un attentat à la bombe (NDLR: ce qui est généralement faux). Le cercle des correspondants de presse étrangers adressera prochainement une protestation au gouvernement, a indiqué mardi à l’AFP son président, le Néerlandais Steven Adolf. Selon Antonio Franco, M. Aznar l’a appelé une seconde fois, jeudi dans la soirée, pour réaffirmer que « l’ETA était l’auteur » du massacre, alors que son ministre de l’Intérieur, Angel Acebes, qui défend la même thèse devant les journalistes, vient de révéler la découverte d’une fourgonnette avec une cassette audio de versets du Coran, à proximité de la gare d’Alcala de Henares, point de départ des trains de banlieue foudroyés par les attentats.
Dans le même temps, la ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio, envoyait une circulaire aux ambassadeurs de son pays pour leur demander de défendre la thèse de l’ETA et l’Espagne faisait adopter une résolution à l’ONU condamnant explicitement l’organisation basque armée. Résolution précipitée dont Madrid a dû s’expliquer lundi dans une lettre au Conseil de sécurité de l’Onu.
A trois jours des élections législatives, le gouvernement Aznar préférait orienter l’opinion publique vers la piste de l’ETA, susceptible de provoquer un réflexe sécuritaire dans l’électorat. Celle d’Al-Qaïda qui a finalement émergé a catapulté sur le devant de la scène la décision personnelle la plus controversée de M. Aznar en huit ans de pouvoir : le soutien espagnol à la guerre en Irak, contre l’avis de 91% de l’opinion publique.
Depuis la défaite de son Parti Populaire (PP, droite), M. Aznar, qui va abandonner la politique après deux mandats de quatre ans pour présider une fondation privée, est demeuré silencieux, tout du moins en public, se contentant de participer à ses réunions du PP.

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