Powell s’en va

«Le temps est venu pour moi de me retirer en tant que secrétaire d’Etat et de me consacrer à ma vie privée », c’est en ces termes que Colin Powell a annoncé sa démission. Lors de la conférence de presse prévue à cet effet, le secrétaire d’Etat a passé en revue les moments forts de sa carrière, estimant que l’ensemble de ses services rendus à la nation ont été d’une importance notoire. « Elles ont toutes un sens particulier pour moi (…) qu’il s’agisse de mon poste de sous-lieutenant en Allemagne ou de celui de secrétaire d’Etat. »
Militaire dont la carrière a viré vers la diplomatie, l’homme, âgé de 67 ans aujourd’hui, faisait partie du staff des architectes militaires de la première guerre du Golfe. Les observateurs à l’affût de la diplomatie américaine lui collent l’étiquette du pragmatisme. Un pragmatisme qui a souvent buté sur les idéologies des « faucons » de l’Administration Bush.
Entourant de très près le président, ceux que l’on qualifie de « faucons », dont le secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld et le vice-président Dick Cheney, ont fréquemment fait de l’ombre à Colin Powell. Les visions des uns et de l’autre étant souvent aux antipodes. En effet, Colin Powell, en personne, n’a jamais caché les vives tensions qui l’opposaient à ce clan hermétique.
Le secrétaire d’Etat sortant aura, ainsi, été marginalisé par ces piliers forts de l’Administration Bush. À telle enseigne que Colin Powell dût souffrir d’un manque de confiance flagrant de la part du locataire de la Maison-Blanche. On disait que George W. Bush lui prêtait l’oreille sans l’écouter.
La chose qui aura le plus entaché sa carrière fut, sans nul doute, une sorte de défaut de cohérence : l’homme défendait publiquement ce qu’il dénonçait en privé. Il était amené à faire des concessions incommensurables, en totale contradiction avec ses convictions. Une double-personnalité que Colin Powell a dû assumer et qui l’avait amené à défendre la nécessité d’intervenir militairement en Irak.
En effet, le 5 février 2003, Colin Powell présente devant les membres de l’ONU le fameux dossier à charge contre l’Irak. Selon lui, Bagdad était en possession d’armes de destruction massive, d’armes biologiques et chimiques. En somme, d’un arsenal dévastateur capable de mettre la planète à feu et à sang. Un dossier très controversé et une thèse difficilement, très difficilement défendable et sur laquelle Colin Powell n’émit aucune réserve.
Aujourd’hui, aucune arme de destruction massive n’ayant été trouvée, l’homme voudrait bien enterrer ce sombre épisode qui a terni son passage au département d’Etat. En présentant un dossier fantaisiste à plus d’un titre, entreprise qui s’avéra fatale pour lui, Colin Powell a été qualifié de « l’homme de mensonge contre son gré».
Par ailleurs, Condoleezza Rice, Conseillère pour la sécurité nationale de George Walker Bush, était pressentie pour lui succéder. Une information dont ont fait état de hauts responsables de l’Administration. Conseillère très proche du président, qui accorde beaucoup d’importance à ses propositions, elle est également son amie personnelle et elle fait inéluctablement office de l’éminence grise de George W. Bush. Au cas où Condoleeza Rice prendrait la direction du département d’Etat, celle-ci sera la seconde femme à occuper ce poste, après Madeleine Allbright. Vu la stature de Condoleeza Rice et sa nature, sa froideur et son intransigeance, l’on est en mesure de se poser des questions sur ce que sera la politique étrangère américaine de demain.

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