Qui a voté pour le chef du F.N. ?

Qui a voté dimanche pour le chef du Front national (FN) d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, arrivé deuxième au premier tour de l’élection présidentielle française ? Essentiellement des hommes, des ouvriers voire des chômeurs, habitant l’Est de la France, selon deux sondages publiés mardi.
M. Le Pen a recueilli 16,86% des voix et affrontera au second tour, le 5 mai, le président sortant Jacques Chirac (conservateur), arrivé en tête, selon les résultats définitifs publiés lundi soir. Le président du FN a devancé le Premier ministre socialiste sortant Lionel Jospin de moins de 200.000 voix.
M. Le Pen, 73 ans, ancien député, l’a emporté dans neuf régions sur 22, toutes situées sur un arc de cercle allant du nord au sud en passant par l’Est (notamment Alsace, Lorraine, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur).
Le dirigeant charismatique du FN est arrivé largement en tête aussi bien dans la deuxième ville de France, Marseille (sud-est), où vit une importante communauté d’origine maghrébine que dans de nombreux villages alsaciens où habitent peu d’immigrés.
L’extrême droite s’implante dans des régions marquées à gauche, comme dans le nord, et dans une moindre mesure, le sud-ouest.
Selon un sondage réalisé à la sortie des urnes par l’institut CSA, 30% des chômeurs et 24% des ouvriers ont voté Le Pen donnant une vraie claque à la gauche socialiste, qui a fait peu de cas de la classe ouvrière dans son programme.
Une autre enquête, réalisée par Ipsos, pointe que près d’un ouvrier votant sur trois (30%) a voté pour M. Le Pen, contre 8% des cadres supérieurs et 14% des professions intermédiaires.
Autre surprise de taille : la jeunesse de l’électorat lepéniste. Selon ce sondage, un électeur âgé de 18 à 25 ans sur cinq a opté pour les thèses de l’extrême droite.
L’enquête Ipsos n’est toutefois pas aussi pééremptoire. M. Le Pen, souligne-t-elle, a fait un meilleur score (19%) dans la tranche 45-59 ans que chez les 18-24 ans (16% d’entre eux ont voté pour lui).
Ces deux sondages convergent sur un point : 21% des hommes qui ont voté l’ont fait pour le FN. Chez les femmes, 15% ont fait de même selon CSA, 13% selon Ipsos.
Enfin, s’agissant de leurs motivations de vote, les électeurs de M. Le Pen invoquent « l’insécurité » et « l’immigration », selon plusieurs sondages.
Mardi, la presse française est revenue sur cette France qui a voté pour l’extrême droite, avec de nombreuses photographies prises dans les Q.G. lepénistes. « Le Pen fait main basse sur la France profonde », a titré le quotidien populaire France-Soir.
Dans un article intitulé « Voyage dans la France de Jean-Marie Le Pen », le Figaro a souligné que « plus de 4,7 millions de Français se sont prononcés » pour lui. « Une France, a ajouté le journal conservateur, qui exprime ainsi sa crainte, sa frustration, voire son écoeurement » devant la classe politique traditionnelle.
France-Soir publie la confession de Marie-Lise, 23 ans, originaire du sud-ouest et lepéniste « pour voir », pour qu' »on essaye le FN au moins une fois ».
« Chirac devrait être en prison, Jospin n’a rien fait pour les jeunes et pas davantage pour les vieux, il n’a pas levé le petit doigt pour s’opposer aux licenciements », selon elle. « Entre un Jospin qui n’a rien fait et un Chirac voleur, il ne restait qu’une solution, Le Pen! », ajoute-t-elle.

• Fabien Novial (AFP)

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